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Genre : road trip
Développeur : Digixart (France)
Éditeur : Digixart
Plateformes dispo : Windows, Switch
Plateforme test : Windows, Switch
Téléchargement : 14 Go
Date de sortie : 16/08/2021
Langues : anglais sous-titré en français
Prix : 20 €
J’ai répondu que je ferais un road-trip. Il n’y a pas assez de road-trip dans le jeu vidéo, alors que c’est un genre plutôt chouette au cinéma. Moi j’aime bien, en tout cas. Dans mon idée, c’est un monde ouvert immense, façon GTA. Il y a une ville principale, et des distances folles entre chaque lieu. Le joueur, comme dans GTA, conduit pendant des heures, écoute la douzaine de stations de radio, les gens qui s’engueulent dans des talk-shows. De temps en temps, il prend un autostoppeur, pour se rendre compte à la fin que l’autostoppeur était en fait Jésus. Il essaie de la drogue dans le désert avec des hippies. Il poursuit un kidnappeur avec un gang de motards le long d’une route. Il passe la nuit dans un motel à discuter avec un touriste allemand. Il participe à un combat de catch dans une usine abandonnée, il danse dans une fête qui dure trois jours. Les personnages apparaissent comme les quêtes annexes de GTA, un peu aléatoirement, parfois à des moments clés. Le jeu est très narratif, avec des longs moments contemplatifs. C’est à peu près tout ce que j’ai en tête, pour l’instant.

Sur la route.

Le problème de mon jeu, c’est que je ne suis pas game designer : il y a plein d’aspects qui me passent totalement au-dessus. Et puis, il faudrait vraiment un budget illimité, surtout si, comme je l’imagine, il rivalise graphiquement avec un GTA ou un RDR2. J’ai été content, du coup, que le studio français Digixart, avec un budget loin d’être illimité, choisisse de faire presque exactement ce que j’avais en tête, en trouvant des solutions pour ce qui n’est pas réalisable. Comme dans mon rêve, c’est bien un road trip avec plein de personnages intéressants à rencontrer, mais il y a d’autres choses. Déjà, il y a une solution simple pour rendre tout ça ludique : la gestion des ressources. C’est un peu sommaire dans Road 96, mais au moins c’est là. Le personnage que l’on incarne a une jauge de santé qui diminue si l’on ne boit pas, ne mange pas ou ne dort pas. Ni l’essence dans le véhicule (simulée, puisque les phases de conduite sont uniquement narratives), ni l’argent ne sont illimités. Du coup il faut faire des choix : prendre un taxi pour dormir un peu, faire du stop et risquer une mauvaise rencontre, faire un bout de chemin à pied parce qu’on se sent en forme, voler une voiture ? Chaque choix est l’occasion d’une nouvelle rencontre et d’une nouvelle étape, où il va falloir gratter un peu d’argent, un hamburger, un coin pour faire une sieste ou quelques infos pour passer la frontière plus facilement.

Toute la sainte journée.

L’autre aspect très bien vu, c’est que Road 96, d’une certaine façon, est un peu un roguelike. À chaque fois, il faut amener un adolescent à la frontière et tenter de le faire traverser pour quitter un pays fasciste imaginaire. Parfois, il va mourir ou se faire arrêter sur la route. Parfois, il va passer, et il faudra recommencer avec un autre ado, pour qui le parcours sera différent : il rencontrera souvent les mêmes personnes, mais dans un autre contexte, et ne fera pas face aux mêmes difficultés. Il bénéficiera, aussi, des habilités débloquées par les personnages précédents. Crocheter une serrure, par exemple, ou pirater les ordinateurs. Peu à peu, à coups de petites scènes, tous les destins des personnages sur la route vont finir par se croiser et se rejoindre pour construire une histoire plus grande et plus complète. Dans l’ensemble, Digixart compose vraiment avec un tout petit budget, mais le jeu est plein d’idées qui sont particulièrement bien vues pour créer à peu près ce que j’avais en tête, dans une version un peu plus réaliste.

Le nouvelles habilités permettent de faciliter la tache au prochain personnage.

Le doute en moi s’immisce.

Par contre, tout n’est pas exactement comme dans ma tête. Le manque de budget accouche d’un jeu très – trop – limité techniquement, surtout sur Switch où ça pique parfois carrément les yeux. Pour le scénario aussi, je n’aurais pas fait exactement pareil : je serais davantage parti sur une épopée libertarienne à la Easy Rider que sur des histoires d’adolescents façon Life is Strange. D’une manière générale, si l’écriture fonctionne bien, il ne faut vraiment pas être allergique au style de Dontnod, aux morceaux de folk diffusés sur une petite avalanche de clichés – même si je n’ai rien contre les clichés, surtout dans un road trip. Je regrette, aussi, que le jeu rate un peu les moments contemplatifs d’un voyage sur la route, quand il ne se passe rien, qu’il pleut et qu’on s’ennuie, qu’on s’engueule, qu’on se demande si l’on a bien fait de partir – pour le coup, un aspect qui avait été très bien saisi par Final Fantasy XV, bizarrement. Grâce à Road 96, je reste tout de même convaincu que l’idée était très bonne, et qu’il ne manquerait plus qu’un tout petit peu de moyens en plus pour en faire un jeu vraiment mémorable. En attendant, l’expérience était quand même agréable. Comme le disait mon pote, à une autre occasion : « C’est un peu comme aller au camping et qu’il pleut. C’est dommage, mais c’est quand même cool d’avoir fait un peu de camping. »

Notre avis

Noël Malware le 15 septembre 2021

| Modifié le le 19 septembre 2021

Si Road 96 est un peu limité techniquement, il est aussi plein de bonnes idées et s’approche vraiment tout près de ce qu’il veut reproduire : l’expérience road trip. Avec une écriture un peu moins proche de l’adolescence à la Dontnod, un peu de budget pour les graphismes et quelques moments contemplatifs en plus, il aurait presque pu être mon jeu de l’année. La musique est top.