Genre : jeu narratif
Développeur : Black Tabby Games (États-Unis)
Éditeur : Black Tabby Games
Plateformes dispo : Windows, macOS, Linux
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 8 Go
Date de sortie : 23/10/2023
Langue : anglais
Prix : 18 €
Développeur : Black Tabby Games (États-Unis)
Éditeur : Black Tabby Games
Plateformes dispo : Windows, macOS, Linux
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 8 Go
Date de sortie : 23/10/2023
Langue : anglais
Prix : 18 €
Ellen Replay
le 10 janvier 2024
Vous êtes dans une forêt à la tombée de la nuit, sur un petit chemin qui mène à une cabane. Dans cette cabane, il y a une princesse que vous avez pour ordre de massacrer. Le narrateur qui vous accompagne tout au long du jeu est formel : la princesse va vous mentir et faire tout ce qui est en son pouvoir pour vous convaincre de ne pas la tuer.
Vous vous rendez dans la cabane, où vous attend une dague à la lame immaculée. Vous vous en emparez, et vous prenez les escaliers qui mènent au sous-sol. La princesse vous attend, emprisonnée par une chaîne refermée sur son bras droit. Elle vous regarde de ses grands yeux de biche, et vous n’arrivez pas à vous résoudre à la poignarder. Le narrateur, dont la voix continue de résonner dans votre tête, s’en offusque : si vous ne tuez pas la princesse, le monde touchera à sa fin – les oiseaux disparaîtront, les êtres humains mourront, et ce sera entièrement de votre faute. À mesure que vous discutez avec la princesse, vous commencez par être assailli par le doute : est-ce qu’elle est si innocente qu’elle en a l’air ? Pourquoi s’exprime-t-elle avec un ton si nonchalant, quand elle sait que votre vie (et potentiellement le sort du monde entier) repose entre vos mains ?
La personne aux mille personnes.
Et vous, d'ailleurs, qui êtes-vous exactement ? Est-ce que vous êtes vraiment le héros que vous pensez ? Et qui est ce narrateur qui commente chacune de vos actions ? Est-ce que vous pouvez vraiment lui faire confiance ? Est-ce que le monde court vraiment à sa perte ? En qui placer votre foi, quand les enjeux semblent aussi importants ? Quel que soit le cheminement que vous prendrez lors de votre première partie, vous serez pétri de doutes. À la voix du narrateur s'ajouteront celles de tous les héros que vous choisirez d'incarner au fil de l'aventure, selon vos différents choix de dialogue : vous pouvez choisir d'adopter le comportement d'un chevalier fou amoureux de la princesse, d'un paranoïaque, d'un opportuniste, d'un sceptique, d'un guerrier assoiffé de sang. Vous pouvez même être tout ça à la fois : votre mort n'a rien de définitif, et chaque nouvelle voix qui parle dans votre tête pourra poursuivre son dialogue intérieur avec les autres. Et dans cette cacophonie ambiante, vous vous demanderez toujours si vous avez fait le bon choix.J'ai l'impression d'avoir vécu cent aventures en une.
Slay the Princess se présente comme un jeu narratif, avec des dessins sommaires qui laissent la part belle à l’imagination et des embranchements multiples. Mais il est surtout particulièrement brillant – parce qu’il subvertit complètement la figure du héros qui doit sauver une demoiselle en détresse, parce qu’il évoque simultanément The Stanley Parable (avec son écriture impeccable, ses traits d'humour et son narrateur omniprésent) et Doki Doki Literature Club (par sa manière de tromper les attentes du joueur, ses changements de ton abrupts et ses phases troublantes, où vous vous demanderez si vous êtes toujours en train de jouer ou si le jeu a planté). Petit à petit, le jeu verse dans l’horreur, avec des images de plus en plus troublantes, des traits de couleur qui viennent s'immiscer dans un univers en noir et blanc, une bande originale inquiétante et des descriptions qui donnent littéralement la chair de poule.
La belle et le casse-tête.
J'ai mis du temps à lancer Slay the Princess (sorti tout de même en octobre dernier), parce que j'avais l'impression que ça ne pourrait pas être aussi bien que ce qu'on m'en avait promis, parce que ses dessins ne m'attiraient pas spécialement (et c'est ce que le slogan du jeu résume à merveille : « Ne jugez pas un livre par sa couverture, et ne jugez pas une princesse par sa forme démoniaque »). Sa première demi-heure a suffi à apaiser mes doutes. Il y a une qualité d'écriture telle que le jeu pourrait presque se passer d'images, certains moments sont tout bonnement horrifiants, d'autres m'ont fait exploser de rire. J'ai l'impression d'avoir vécu cent aventures en une : lorsque je me suis précipitée à la cave pour poignarder la princesse sans hésitation après avoir lâché un « Coucou, c'est moi ! » désinvolte, quand j'ai préféré lui parler de la pluie et du beau temps, ou bien lorsque le narrateur et les multiples voix dans ma tête pétaient un câble et m'empêchaient de penser clairement.Il y a tout de même quelques soucis par moments : les embranchements sont tellement multiples que je me suis parfois demandé quelles options il me restait encore à écluser, et le jeu peut se montrer bien casse-tête à cet égard. Mais chaque embranchement vaut la peine d'être vécu, et le jeu a une rejouabilité absolument vertigineuse pour son prix. Bref, j'ai mis du temps à me décider à lancer Slay the Princess, et c'est pour cette raison que vous lisez ce test aussi tard, mais je suis convaincue, pour la première fois depuis les cinq heures que j'ai passées sur le jeu, que j'ai fait le bon choix.
Si le narrateur de The Stanley Parable et la présidente du club de poésie de Doki Doki Literature Club faisaient un enfant, il ressemblerait sans doute un peu à Slay the Princess : c'est un jeu méta, drôle, parfois terrifiant, qui a de quoi élever le genre du jeu narratif dans son ensemble.