À l'heure où vous lirez ces lignes, le monde tel que je le contemple depuis ma fenêtre n'existera plus. Les premiers signes sont déjà là : terrifiés par le Covid-19, les clients sortent du magasin d'en face les bras chargés de packs d'eau. Le rayon pâtes alimentaires a été dévasté. On n'y trouve plus que des produits grotesques, comme des farfalles aux pois chiches et à la texture cotonneuse, boudés par les clients malgré leur faible teneur en glucides. Preuve que les gens ont plus peur des virus que du diabète.

Dans le monde de Survive the Blackout, la chute a été beaucoup plus rapide que dans le nôtre : un beau jour ou peut-être une nuit, tous les abat-jour ont été plongés dans la nuit, et l'électricité a disparu. Plus de lumière, plus de machines, plus de batteries susceptibles de faire démarrer un moteur à explosion, plus que le chaos et des petits groupes de survivants jetés sur les routes. Au début de l'aventure, ceux que l'on dirige découvrent avec effarement que le docteur, homme étrange et charismatique qui leur avait promis que tout irait bien s'ils trouvaient le courage de marcher jusqu'à la lumière, étrange source lumineuse qu'ils distinguaient à l'horizon, s'est pendu. Pourquoi ? Qu'est-ce qui a pu pousser l'homme qui leur avait rendu l'espoir à le perdre à son tour ? Et que faire, maintenant qu'aucune conscience morale n'est plus là pour les guider dans un monde dénué de règles ?

Lent 01.

Que faire ? C'est simple, déléguer le boulot au joueur. Tout au long de Survive the Blackout, réinterprétation moderne d'Oregon Trail, les trois survivants lancés sur la route en direction de la lumière vont faire face à des dilemmes, des centaines de dilemmes, que le joueur devra trancher. Faut-il sacrifier une partie de notre nourriture et la donner à ce survivant affamé ? Prendre le temps d'explorer cette forêt d'où proviennent des voix humaines ? Faire confiance à cette vieille dame qui nous propose de rendre visite à son mari ? Comme dans Reigns, chaque décision a un effet positif ou négatif sur les quatre attributs des personnages : santé, faim, fatigue et moral. Chacun des héros, choisis parmi six au début du jeu, dispose également d'un certain nombre de traits (infiltration, mécanique...) qui offrent des options uniques lors des dialogues et d'un alignement qui détermine quel effet les décisions du joueur auront sur son moral : un idéaliste ne supportera pas l'idée de ne pas aider un blessé quand un survivaliste pensera avant tout à économiser les trousses de soin. Cette influence de Reigns est d'ailleurs le principal défaut de Survive the Blackout. Aucune décision n'a de conséquence grave et immédiate : même se faire passer à tabac par des bandits n'abaissera que de quelques pourcents la santé des protagonistes. Alors on redoute rarement l'issue d'une rencontre précise et on se contente de freiner l'inéluctable attrition qui, très lentement, va conduire nos personnages à la mort. Peut-être une image assez juste de la lente agonie que constitue la survie en milieu hostile. Néanmoins, passée la deuxième ou troisième partie, l'impression de revivre en permanence les mêmes anecdotes dénuées d'enjeux finit par prendre le dessus.

Survive the Blackout | Notre avis : 5

| Modifié le 5 mai 2021
Survive the Blackout, remake post-apo' d'Oregon Trail, partait d'une idée intéressante. Malheureusement, l'aspect trop répétitif des rencontres, et l'absence d'enjeu immédiat de la plupart, finit par priver le jeu d'intérêt après quelques parties.