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Genre : jeu narratif, gestion
Développeur : Ivy Road (États-Unis)
Éditeur : Annapurna Interactive
Plateformes dispo : Windows, PS5
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 15 Go
Date de sortie : 11/03/2025
Langue : français
Prix : 23 €
Alta, l’héroïne de Wanderstop, n’a pas non plus envie de passer ses journées à cultiver des fleurs, récolter des feuilles de thé dans un panier en osier et faire infuser des tisanes. C’est une combattante aguerrie, qui n’avait jamais connu de défaite auparavant, jusqu’au jour où elle s’est effondrée de fatigue, incapable de soulever son épée. Au tout début du jeu, elle se réveille sur un banc, dans une forêt enchanteresse où trône un modeste salon de thé. À ses côtés, un homme affable nommé Boro lui suggère de prendre une petite pause et de travailler un peu dans sa boutique, si ça lui chante. Alta n’en a aucune envie, et repart aussitôt dans la clairière, avant de systématiquement s’échouer sur le même banc.

Comme Alta, vous chercherez à tout prix à esquiver ce qu’on vous demande de faire. Pourquoi vous contenter d’apprendre le fonctionnement de la gigantesque machine à thé qui se dresse dans le salon de la boutique, quand vous savez de quoi vous êtes capable en dehors ? Vous pourriez être en train de combattre des guerriers puissants, de pourfendre la tête d’un titan de la lame de votre épée, de vous faire acclamer par une foule endiablée. Vous préfèreriez boire les larmes de vos ennemis plutôt qu’une infusion à la bergamote, vous êtes plutôt « Sang de la verveine » qu'« Alain Souchong », mais il va falloir vous y résoudre : Wanderstop est un jeu qui encourage à se poser, à savourer le temps qui passe et à abandonner votre quête éternelle de perfection.
Boro est l'un des PNJ les plus attachants qu'il m'ait été donné de côtoyer (et sachez qu'avant de penser ça, j'ai cherché désespérément à le fuir, lui et sa satanée boutique, au moins dix fois d'affilée).

Darjeeling limité

Puisque votre personnage ne peut échapper à sa condition, autant vous retrousser les manches pour voir ce que le salon de thé a à vous offrir. Si Boro vous répètera constamment que vous pouvez prendre le temps de ne rien faire, les activités ne manqueront jamais : il y a le jardinage, qui vous poussera à créer des plantes hybrides à base de graines bleues, vertes, jaunes et roses, à agencer selon des motifs bien précis. Il y a aussi des tas d'herbes à balayer, des racines à couper, des bibelots à ranger, des feuilles de thé à récolter, des fruits à cueillir (dont les propriétés sont parfois géniales, comme celles du poivron prisme, qui forcent vos interlocuteurs à placer le mot « triangle » dans une conversation). Et bien sûr, il y a le principe central du jeu : la confection de thé pour les clients de passage.

À l'aube de l'aventure, Alta, brillamment doublée par Kimberly Woods, se montre plutôt passive-agressive à leur égard. Elle a clairement besoin de leur faire comprendre qu'elle vaut mieux que ça, et les choix de dialogues impliquent plus ou moins de tous les envoyer paître. Mais parce qu'elle n'a que ça à faire – comme vous, d'ailleurs –, elle commence à honorer leurs commandes, et à s'ouvrir lentement à eux. Préparer du thé implique d'être patient : il faut d'abord cueillir des feuilles puis attendre qu'elles sèchent, faire bouillir de l'eau avec un soufflet, la transvaser vers votre infuseur et y glisser vos différents ingrédients, avant de servir le tout dans une tasse. Ce sont des gestes que j'ai répétés mécaniquement, jusqu'à les connaître par cœur, mais que j'ai fini par apprendre à apprécier – juste parce que je savais qu'ils ouvriraient un dialogue plein d'esprit avec un personnage intéressant.

Un travail oolong cours

Vous discuterez avec un chevalier qui cherche un remède à la malédiction qui le ronge, avec une commerçante irascible qui rêve de paradis fiscaux, avec un employé de bureau au bord du burn-out qui prépare une présentation d'entreprise sur le thème des présentations d'entreprise. Tous les dialogues sont très bien écrits, souvent drôles, toujours bienveillants. Il y a des passages bouleversants, qui ont résonné en moi comme peu de jeux narratifs l'avaient fait jusqu'alors. À un moment, je me suis surprise à prendre le temps de balayer autour du salon, à placer des plantes dans des pots suspendus pour faire sourire Boro, à créer des mélanges inédits, à remplir mon arrosoir et faire sécher des feuilles de thé en avance, juste au cas où – bref, à accomplir toutes les tâches reposantes que je rechignais à faire il y a quelques heures, quand bien même on n'exigeait plus rien de moi.

Wanderstop est un jeu qui démontre la puissance du concept de « résonance ludonarrative », tant chacune de ses mécaniques a été pensée pour raconter une histoire et servir un message (un peu comme Papers, Please, mais en beaucoup moins déprimant). Ses tâches répétitives ont fini par me satisfaire, et même sa direction artistique qui me sortait par les yeux au tout début a fini par me séduire, au moment où j'ai vu la clairière revêtir des couleurs complètement différentes que celles que j'avais connues auparavant. À quoi bon toujours courir, combattre et chercher à se surpasser, quand on peut parfois juste s'asseoir sur un banc et savourer un thé à base de chip chip et de choux waypur ? Enfin, à quoi bon vouloir désespérément qu'un jeu devienne ce qu'il n'est pas, quand il peut nous procurer autant d'apaisement et de plaisir ?

Notre avis

Ellen Replay le 12 mars 2025

| Modifié le le 20 mars 2025

Wanderstop sera peut-être clivant, parce qu'il n'est effectivement « qu'un » jeu de gestion de salon de thé créé par des développeurs plutôt habitués à défoncer le quatrième mur et à subvertir les attentes des joueurs. Et pourtant, avec son gameplay qui porte magnifiquement bien son message, Wanderstop m'a profondément émue et a su satisfaire tous mes espoirs démesurés.