Développeur : Humongous (États-Unis)
Éditeur : Humongous, Infogrames, Ubisoft
Date de sortie : sept épisodes sortis entre 1994 et 2001
| Modifié le le 11 juin 2023
Je suis une héroïne de jeu vidéo des années 1990, qui suis-je ? Premier indice : je suis une aventurière. Deuxième indice : je résous des énigmes et trouve des trésors. Toujours pas ? Troisième indice : je sais nager sous l’eau. Comment ça, Lara Croft ?
Ne pas prendre un enfant par la main.
En 2013, lors d’une conférence à la PAX, Ron Gilbert raconte comment il a un jour observé un enfant de 5 ans essayant de jouer à Monkey Island : « Il ne pouvait pas lire les verbes en bas de l’écran. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était bouger la souris, cliquer, et voir ce qu’il se passait. Il n’avançait pas dans l’histoire, n’avait aucune idée de ce qui se passait, mais il était complètement absorbé. » Face à ce loupiot paumé (et peut-être toujours bloqué devant son Amiga 500 à l’heure où j’écris ces lignes), c’est l'épiphanie : « Et si je faisais des jeux pour les enfants ? Pas des jeux idiots, ni de pauvres jeux éducatifs, mais de vrais jeux d’aventure, simplifiés. » C’est ainsi que, en 1992, lui et Shelley Day (productrice sur Monkey Island 2, entre autres) ont quitté LucasArts pour fonder un studio dédié aux jeux pour minots. Humongous Entertainment était né.
Hit Marine.
Leur premier héros, imaginé par Day, débarque l’année même sur les linéaires : un cabriolet violet nommé Pouce-Pouce. Le succès est au rendez-vous et une quinzaine d’épisodes suivront. Mais, de l’aveu même de Gilbert, ce n’est qu’en 1994 que le studio explose réellement, avec un hit commercial et critique : Marine Malice et le mystère des graines d’algues. « Ça a véritablement été l'énorme carton qui a mis Humongous sur le devant de la scène. Nous étions désormais reconnus pour la qualité artistique de nos animations. » Pourtant, comme son prédécesseur Pouce-Pouce, Marine Malice avait initialement été conçu comme un jeu MS-DOS, et donc fait de bons vieux gros pixels similaires à ceux du premier Monkey Island. Avant qu’une anecdote décisive, suivie de beaucoup de travail dans l’urgence, ne vienne retourner la table.Un point & click toujours frais en 2023.
L'’heure est grave sous l’océan. On a volé le sac de graines d’algues de mamie, la famine guette. Heureusement, Marine, poisson jaune et serviable, va mener l’enquête, avec son compère vert et dissipé, Luther. Les deux amis ondulent d’un tableau à l’autre, dans un sillon de bulles. Les décors absolument magnifiques, peints à la main, fourmillent (berniquent ?) d’animations cachées, à déclencher d’un clic, et qui font de chaque scène un véritable coffre à jouets. Ici, une algue se déplie en musique, là, une sardine prend sa douche. Si vous cherchez un jeu qui fasse s'ébahir votre progéniture, foncez. Et puis, à voir les tronches des bestioles, vous n’êtes franchement pas à l’abri de laisser échapper un « Pprrfftt huhu » d’adulte responsable.
« Marine Malice porte les capacités du PC dans une autre dimension. » Bill Gates, 1994