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Jeu: Factorio
Genre: jeu de gestion d’usine
Developpeur: Wube Software (République tchèque)
Editeur: Wube Software
Plateformes dispo: PC Windows, Mac, Linux
Plateforme test: PC Windows
Langues: anglais, français
Config: carte graphique dédiée requise
Telechargement: 3 Go
Prix: 25 €
Drm: Steam ou aucun sur GOG.com
Date de sortie: 14/08/2020
Je ne crois pas que tester un jeu m’ait déjà rendu triste, sauf si on compte Disco Elysium, parce que ça voulait dire que j’avais terminé un jeu qui aurait dû durer pour toujours. Mais voilà, je dois vous parler de Factorio, et j’ai déjà le cœur serré. Ce n’est même pas une exagération : déjà quand j’y jouais, je me sentais complètement abattu, rempli d’une compassion infinie pour ses développeurs.

Pas parce que leur jeu est nul, au contraire : parce que leur jeu est une merveille. On y démarre seul sur une planète exotique, avec comme mission de se construire une fusée pour s’échapper ; on coupe quelques arbres, on assemble quelques foreuses, et en quelques heures on a construit une petite base prospère, où des tapis roulants et des chaînes de production basiques créent des plaques de métal, des câbles de cuivre, des engrenages. Et puis ça se complexifie : des machines à vapeur et des pylônes nous font entrer dans l’ère électrique, les chaînes d’assemblage réclament des circuits imprimés, des dômes-laboratoires utilisent des produits manufacturés complexes pour rechercher de nouvelles technologies.

C’est époustouflant, brillant, et c’est aussi immensément triste.

Factorio, morne plaine.

On redessine la base pour optimiser le tracé des tapis roulants ; on croit être arrivé à la moitié du jeu, on n’en a pas fait le dixième. Plus tard viendront les puits de pétrole à chercher dans le lointain, les trains automatisés qui transportent des wagons de ressources à travers le désert, les robots ouvriers et les centrales nucléaires. N’ayez pas peur, une campagne-didacticiel très bien fichue permet d’apprendre le jeu sans douleur, et même si l’aventure se corse un peu trop vite une fois qu’on est lâché dans le grand bain, tout s’enchaîne toujours très naturellement. C’est époustouflant, brillant, et c'est aussi immensément triste.

Parce que presque tout ce que fait Factorio, un autre jeu le fait aussi – en plus beau. Je vous le disais, je suis limite ému quand je pense aux braves développeurs tchèques de Factorio, qui en 2016 ont opté pour des graphismes sobres et des couleurs ternes, en 2D vue du dessus, sans imaginer que trois ans plus tard un jeu reprendrait le même concept mais dans une 3D sublime. Parce que quand on a joué à Satisfactory, qu’on a baigné dans sa nuit bleutée et qu’on s’y est perché sur une dune de sable majestueuse pour y admirer de loin une usine colossale grandeur nature dont on a assemblé la moindre tôle à la main, les pattes de mouche de Factorio font peine à voir. Parfois, les similitudes entre les deux jeux sont à ce point embarrassantes – même la couleur de la combinaison du héros est identique – que Factorio ressemble à un demake, comme si un programmeur un peu fou s’était lancé le défi de coder une version de Satisfactory jouable sur un ordi de 2005. Voir un jeu aussi parfait s’être fait à ce point supplanter est glaçant.

Qu’offrir au jeu qui a déjà tout ?

En presque neuf ans de développement, le studio Wube Software a eu le temps d’implémenter dans le jeu toutes ses (excellentes) idées. Pour la 1.0 qui marquait la sortie d’accès anticipé de Factorio, il ne restait donc plus grand-chose à rajouter à part une sorte de tank télécommandé surpuissant, le spidertron, pour les fins de partie qui traînent en longueur. Au moins, les vétérans qui se remettent à Factorio ne seront pas déboussolés.

Le choix dans l’engrenage.

Bien sûr, Factorio a tout de même des atouts. Je ne vous bassinerai pas avec une comparaison précise : oui, il a plus de profondeur de contenu (même la température des fluides est gérée) que la version actuelle de Satisfactory, encore en accès anticipé. En revanche, y construire des usines est moins intuitif, parce que la 2D interdit d’y empiler des tapis roulants et que sa dépendance aux bras mécaniques complique l’agencement des usines – en tout cas plus que dans Satisfactory, qui a fait le choix de la simplicité en se reposant à 100 % sur les convoyeurs. Non, le seul point qui est et restera toujours à l’avantage de Factorio, c’est qu’en plus de s’y construire une base, on doit aussi la défendre.

La pollution générée par nos machines attire de plus en plus d’aliens, qui viennent essayer de détruire notre usine vague après vague. Au début, quelques tourelles par-ci par-là suffisent à repousser les assauts, mais au bout de quelques dizaines d’heures il a fallu leur adjoindre une muraille, des mitrailleuses, des lasers, des mines, de l’artillerie plus un long tapis roulant qui achemine des munitions. Les combats en eux-mêmes ne sont pas passionnants, mais la nécessité de défendre chaque côté de l’usine et chaque avant-poste rajoute un impératif tactique très intéressant à la construction de base. Est-ce un argument suffisant pour apprécier Factorio quand on a connu Satisfactory ? Tout dépend. De mon côté, la douloureuse vérité, c’est qu’après avoir pris l’habitude de me balader en chair et en os dans une usine où tout est modélisé en trois dimensions, je trouve difficile de m’attacher aux étendues plates de Factorio, malgré la qualité exceptionnelle du jeu. À vous de voir s’il y a de la place, dans votre panthéon personnel, pour une médaille d’argent en sus d’une médaille d’or.

Notre avis

Izual le 26 août 2020

| Modifié le le 16 octobre 2024

Abordable, complexe, gratifiant, profond, jouissif, Factorio est incroyable, l’apogée incontestable du jeu d’usine. C’est donc un vrai déchirement de constater, à chaque minute passée à jouer, qu’un de ses concurrents propose presque la même chose en mille fois plus beau.