Au commencement était Due Process. Enfin, pas au commencement, mais en 2014, autant dire à un autre millénaire (déjà 2019 ça paraît loin. Vous vous souvenez de 2019 ?). C’était un prototype de jeu minimaliste, où une équipe devait défendre une pièce contre l’entrée d’autres joueurs du GIGN. Un genre de Rainbow Six réduit à son essence, qui a maturé six années de plus avant d’arriver en accès anticipé, le mois dernier.

Cinq policiers sont penchés sur le plan d’une supérette. « Je vais passer par la porte de derrière. Il faut que quelqu’un vienne avec moi pour couvrir », dit l’un en traçant un cercle autour de la zone en question. « OK, alors je vais prendre le fusil de sniper et surveiller la devanture, des fois qu’ils se replieraient par-là », répond un autre. Un troisième dessine une flèche sur le côté du bâtiment. « Dans ce cas, nous deux on posera une charge sur le mur ouest. On fera le maximum de bruit pour masquer votre entrée à l’arrière. » Dans le camion blindé, les joueurs s’équipent avec soin en attendant que les portes s’ouvrent puis foncent vers leur position. Après un bref compte à rebours au micro, les premières explosions se font entendre. Les défenseurs balancent un cocktail Molotov pour ralentir l’assaut et convergent vers les points d’entrée des adversaires, mais en courant devant la vitrine l’un d’entre eux se fait intercepter par le sniper. Les joueurs arrivés par l’ouest progressent jusqu’au disjoncteur et le coupent, ce qui leur donne l’avantage dans la fusillade qui suit.

La 3D en pixel art du jeu donne des décors très réussis, qui ont beaucoup de personnalité.

« Aïme trrrauwingue eu flashbangue »

Ainsi swattent-ils.

Voilà ce qu’on peut vivre dans une partie de Due Process qui se déroule parfaitement bien. Sans lancer le jeu avec des potes il est moins facile de parvenir à une belle cohésion d’équipe, mais ça m’est arrivé plusieurs fois : un type avec un accent à couper au couteau dressait le plan d’action dans un anglais approximatif en dessinant sur la carte, on proposait de remplir telle ou telle tâche, et une fois au contact on se tenait au courant en hurlant « Ate liste tou ine ze office ! » ou « Aïme trrrauwingue eu flashbangue ». Entre les rounds, on ne se tourne pas les pouces non plus puisque outre gribouiller sur la carte, il faut réfléchir à l’équipement qu’on emmène : seul un nombre limité de chargeurs, d’armes ou d’explosifs est disponible pour jouer trois rounds, avant d’échanger de camp avec l’autre équipe. Une inversion qui aide le jeu à conserver son intérêt sur la durée, puisque attaquants et défenseurs n’ont ni les mêmes tactiques ni le même matériel – côté défense, on est plutôt fusils à pompe et furetage discret tandis qu’en face, c’est fusils d’assaut et coups de pied dans les portes.

L’arme fatale.

Avec une telle formule, Due Process serait à recommander chaudement s’il n’y avait pas ses fusillades tristes et illisibles. Les armes ont autant de punch qu’un pistolet à bouchon, on ne sait jamais si on a touché quelqu’un et on meurt en quelques balles tout au plus, ce qui réduit souvent l’action à une microseconde. Ça n'a pas l’air d’un énorme problème dit comme ça, mais quand on sort des batailles impeccables d’un Apex Legends ou d’un Rainbow Six Siege, la différence saute aux yeux. D’ailleurs, c’est sans doute ce vilain défaut qui a empêché le jeu de décoller : en dehors des heures de pointe, il est difficile de trouver une partie à plus de trois joueurs, loin des matchs à dix pour lesquels il est équilibré. Heureusement, les développeurs semblent conscients des lacunes de leur jeu puisqu’une récente mise à jour a justement changé le son des balles qui atteignent leur but. Plus qu’à espérer que ce processus continue afin que Due Process puisse mieux remplir ses serveurs lors de sa sortie officielle, dans huit mois.

Ah, ça IA, ça IA, ça IA.

Les développeurs mettent beaucoup en avant ce qu’ils considèrent comme un atout-phare de Due Process : la génération procédurale des cartes. Mais attention, ça signifie juste qu’une IA génère chaque semaine quelques dizaines de maps et que les développeurs repassent dessus vite fait à la main avant de les ajouter au jeu. Une méthode qui donne beaucoup de niveaux très similaires et la désagréable impression que les level designers préfèrent la quantité à la qualité.

Due Process | En l'état : Attendez

| Modifié le 5 mai 2021
Impossible de conseiller un FPS aux fusillades bancales : ce serait comme vous faire acheter un tapis de yoga qui glisse, ou un mixeur aux lames émoussées. Mais les efforts des développeurs vont dans le bon sens, et vu la force du concept de Due Process, il est permis de croire au destin de ce jeu tout en minimalisme et en concentré d’action.
La 3D en pixel art du jeu donne des décors très réussis, qui ont beaucoup de personnalité.