Genre: shoot multijoueur
Developpeur: Battlestate Games (Russie)
Editeur: Battlestate Games
Plateformes dispo: PC Windows
Plateforme test: PC Windows
Config: gros PC de joueur
Langues: anglais et russe
Telechargement: 4,4 Go
Sortie prevue: NC
Prix: 40 €
Drm: numéro de série
| Modifié le le 25 mai 2021
Début janvier, j'ai installé Escape from Tarkov. Puis je me suis connecté au serveur Mumble de Canard PC, sur le canal dédié au jeu, pour y trouver d'autres joueurs. Ils étaient déjà une dizaine à préparer leurs raids et à s'échanger infos et astuces. J'ai entendu une phrase qui ressemblait à peu à ça : « Dites les copains, j'ai acheté un fusil TZO-206 N variante 4 en canon scié avec balle chemisée métal et un chargeur XT-39 pour du 5,56, vous croyez que je peux monter un tire-bouchon kP-23 Tatziki sur la crosse inverse de l'optique Zubglog 32M ? » C'est à ce moment que j'ai compris qu'Escape from Tarkov n'allait pas être un petit jeu de tir relaxant.
On avance pétri d'angoisse à l'idée de se faire trouer le bide et de perdre ainsi la belle AKS-74US toutes options qu'on vient juste de récupérer.
Les frères Kalashnikov.
Maintenant que les amateurs d'univers joyeux, colorés et optimistes ont tourné la page, parlons en détail d'Escape from Tarkov. Il s'agit d'un jeu de tir plus ou moins multijoueur, dans un univers plus ou moins persistant. Après avoir raqué les 40 euros du prix de la version bêta, on se retrouve avec un personnage unique, quelques milliers de roubles virtuels et un inventaire dégarni. Première étape : se rendre sur l'écran de commerce et s'équiper du minimum vital chez les différents marchands de canons. Ce qui saute tout de suite aux yeux, c'est le foisonnement de l'équipement disponible. Dès le démarrage, on vous met en face de dizaines de pétoires, d'accessoires et de munitions au nom imprononçable. Les amateurs de gun porn vont rosir de plaisir, mais ceux qui veulent simplement un bouton « acheter gros fusil pour tuer les méchants » vont se sentir noyés sous cette masse hallucinante de matos militaire. J'ai bien mis 10 minutes à naviguer entre les cinq dealers pour trouver un flingue pas trop cher, des chargeurs compatibles et les balles qui vont avec. Je ne vous parle même pas de l'équipement annexe : chapeaux, lunettes, casques renforcés, habits de protection, sacs à dos, rails, viseurs, compensateurs, fûts, crosses... On se croirait dans une armurerie clandestine de Berlin-Est en pleine guerre froide.Le jeu est tellement stressant que survivre à un raid me donne presque autant de satisfaction qu'un chicken dinner sur PUBG.
Pas vraiment noob-friendly.
Une fois cette phase d'équipement terminée, il est enfin temps d'aller se battre. Quatre cartes sont disponibles : trois grands environnements ouverts mélangeant forêts, ville et zones industrielles moisies, puis une usine désaffectée de taille plus modeste, idéale pour débuter. C'est donc là que je me suis engagé avec entrain, persuadé que mes 300 heures de jeu sur Playerunknown's Battlegrounds me garantiraient une victoire facile. Le but de chaque match est de rejoindre une zone d'exfiltration dans le temps imparti (autour d'une vingtaine de minutes). En chemin, nous sommes encouragés à flinguer un maximum de joueurs ou d'ennemis IA bien coriaces pour voler leur précieux équipement. Fastoche, me suis-je dit. Le match démarre, je déboule sur la carte en bombant le torse et hop ! Une balle dans le crâne. Retour au menu. Je lâche quelques milliers de roubles pour me rééquiper, je relance une partie et... boum, encore une balle venue d'on ne sait où. Mais cette fois-ci j'ai quand même tenu onze secondes.
Infanterie à douze vitesses.
Après une dizaine de tentatives de ce genre, il m'a fallu réévaluer ma stratégie. Car Escape from Tarkov ne fait pas dans la demi-mesure côté réalisme. Tenez, un exemple : il y a plus de dix vitesses de déplacement possibles pour le personnage. Vous pouvez aussi régler sa posture sur six crans, de la position allongée à la position debout, et aller jusqu'à effectuer des pas chassés latéraux tactiques... Même Arma 3 n'offre pas une telle variété de mouvement. Les contrôles sont bien fichus, et heureusement, car cette souplesse de déplacement est indispensable. J'ai gagné mes premiers combats en avançant comme un ninja, accroupi, en vitesse minimale pour ne faire aucun bruit. J'ai patiemment écouté les bruits de pas des adversaires pour leur faire sauter le caisson dès qu'ils sont apparus sous le viseur, avant de sprinter pour quitter ma position désormais compromise. Et honnêtement, je n'ai jamais autant campé de ma vie. Trois minutes chrono derrière la même citerne rouillée, quasiment en apnée, sphincter tendu, à attendre patiemment qu'un joueur innocent s'aventure à fouiller le cadavre dans ma ligne de mire.
Et j'ai perdu le Nord.
Il m'a bien fallu cinq ou six heures de jeu pour commencer à me sentir à l'aise. Enfin à l'aise, c'est un bien grand mot : il y a toujours une tension éprouvante dans ce jeu, on avance pétri d'angoisse à l'idée de se faire trouer le bide et de perdre ainsi la belle AKS-74U toutes options qu'on vient juste de ramasser sur une victime. Chaque mort est un crève-cœur, et le jeu ne pardonne rien. Il faut se concentrer sur la gestion des munitions, l'orientation, ne jamais se précipiter, franchir chaque porte comme s'il y avait une armée entière de l'autre côté... Et ne comptez pas sur le jeu en escouade (jusqu'à cinq personnes maximum) pour vous faciliter la tâche. Le jeu n'affiche même pas d'icône sur les alliés, il faut donc mémoriser le look des copains pour éviter le risque permanent du friendly fire. Il n'y a pas non plus de boussole pour annoncer la direction des ennemis repérés. Alors vous devrez enquiller les heures de pratique, apprendre par cœur les points de repère sur chaque carte afin de comprendre ce qu'un équipier veut dire lorsqu'il annonce « je vois un type sur scierie, il se déplace vers entrepôt alors rendez-vous sur checkpoint ». La courbe d'apprentissage est raide.
Stress et paillettes.
J'ai développé vis-à-vis d'Escape from Tarkov une complexe relation d'amour-haine. L'amour, il inonde mon petit cœur sensible quand je termine rincé, au bord de l'accident cardiovasculaire, une partie éprouvante de 20 minutes après avoir buté trois joueurs, sept ennemis IA et récupéré assez de matos pour m'équiper sur les dix prochains matchs. Le jeu est tellement stressant que survivre à un raid me donne presque autant de satisfaction qu'un chicken dinner dans PUBG. Mais bien sûr, quand j'ai passé 10 minutes à dépenser le quart de mes roubles virtuels pour m'armer, deux minutes à attendre que le système de matchmaking me trouve une partie et que je crève comme une bouse au bout de 45 secondes, il m'est difficile de ne pas murmurer quelques critiques acerbes à l'égard de la famille proche des développeurs. Ces montagnes russes émotionnelles, ajoutées à la raideur de la courbe d'apprentissage impitoyable, ne laissent guère de doute : Espace from Tarkov est un produit de niche, destiné aux masochistes de la simu' militaire réaliste. Si vous trouvez les jeux de tir classiques vulgairement grand public, que vous vous paluchez sur l'Encyclopédie illustrée des armes à feu du Pacte de Varsovie et que vous aimez souffrir, félicitations, vous avez probablement trouvé votre jeu multijoueur de l'année.Économise tes roubles, camarade
Escape from Tarkov est vendu actuellement dans quatre éditions différentes, dont le prix va de 40 à 110 euros. Les riches peuvent ainsi démarrer avec un inventaire plus spacieux, garni de bon matos. Et cela n'a pas grand intérêt. Quel que soit le pognon que vous mettez dans le jeu, il vous faudra plusieurs dizaines d'heures de pratique avant de devenir un tant soit peu compétitif. Sortir dès les premières parties avec un équipement de bourgeois n'a aucun intérêt, car vous le perdrez rapidement, et ce sont les joueurs expérimentés qui profiteront alors de vos flingues de luxe. Privilégiez donc la version à 40 euros.