Genre: survie, exploration, anthropologie
Developpeur: Panache Digital Games (Canada)
Editeur: Panache Digital Games
Plateformes dispo: PC Windows (version PlayStation 4 et Xbox One prévue fin 2019)
Plateforme test: PC Windows
Config: PC de joueur
Telechargement: 10 Go
Date de sortie: 29/08/2019
Langues: anglais uniquement sur la version testée
Prix: 40 €
Drm: Epic Games Store
| Modifié le le 25 mai 2021
Ancestors est le nouveau projet de Patrice Désilets, ce Québécois que l'histoire du jeu vidéo retiendra comme l'inventeur du concept d'Assassin's Creed. Après avoir enrichi la famille Guillemot bien plus que n'importe quel DLC pour Rainbow Six : Siege, il s'est mis à son compte et part sur une idée étrange : celle de nous mettre à la tête d'un clan de primates à l'aube de l'humanité.
Coco ramasse une branche. Coco lape l'eau. Coco cueille un fruit ou une fougère.
Assassinge Creed.
Quelques heures plus tard, j'ai bien progressé. J'ai identifié des tas de fruits. Je sais tailler des cailloux et broyer une herbe pour obtenir une sorte de pommade anti-saignement. Elle est bien utile car dès que je m'éloigne un peu du campement, l'ambiance n'est pas à la fraternité. Il y a du serpent, du crocodile, je me suis même fait défoncer par un tigre préhistorique. Les combats sont assez simples, il suffit d'avoir une arme – un bâton ou un gros caillou fait l'affaire – et d'appuyer sur la touche A au bon moment. Reste que tuer mon premier serpent en compagnie de mes quatre autres singes dirigés par l'IA m'a procuré une joie et une fierté intenses. Pour être tranquille, on peut aussi imiter les hominidés de l'époque : rester dans les arbres. Cela permet de faire de belles séances d'accrobranches et de parcourir l'environnement pour trouver de nouveaux points d'intérêt – des séquences qui rappellent beaucoup Assassin's Creed, d'ailleurs. C'est bien fait, le monde a une belle verticalité, les décors sont somptueux, et il y a une espèce de satisfaction primale à grimper dans un arbre pour échapper à un python.Après deux jours à frotter des cailloux et éplucher des noix de coco, j'ai finalement compris ce qu'était Ancestors.
Le primate, des goals.
Après deux jours à frotter des cailloux, éplucher des noix de coco et défoncer des phacochères à coups de pieu, j'ai finalement compris ce qu'était Ancestors. C'est d'abord un jeu de survie/crafting/exploration. On se retrouve à surveiller sa faim, sa soif et son niveau d'énergie, à planifier des expéditions avec la meute pour explorer un coin inconnu, à micromanager le groupe en soignant tel singe à coups de fougère, en filant une arme à tel autre. Et surtout, à tenter des trucs. La grande idée de jeu est d'encourager sans cesse le joueur à expérimenter, comme l'ont fait les premiers hominidés. Que se passe-t-il si je cogne une noix de coco avec un morceau de basalte ? Si je tente d'interagir avec ce trou au sol en y enfonçant un bâton ? Si je chasse cette bestiole en groupe plutôt que seul ? Le joueur se retrouve à devoir essayer des choses, à apprendre de ses erreurs. Quand ça marche, c'est très gratifiant. Et quand ça se termine en drame, le singe perd un peu d'espérance de vie, s'intoxique, ou se fait massacrer par un animal trop costaud pour lui.Il y a du serpent, du crocodile, je me suis même fait défoncer par un tigre préhistorique.
Je meurs mais la vie continue.
Justement, que faire en cas de mort subite ? Au début, on s'énerve. Puis on comprend vite que cela fait partie du jeu. Il faut s'habituer à crever, car ça n'est pas si grave. Quand un singe clamse (ou qu'il est très abîmé), il suffit de passer à un autre membre du clan, plus frais. Ou bien, après avoir procédé à quelques accouplements – rassurez-vous, c'est prude –, changer carrément de génération en faisant grandir les bébés. Ils hériteront alors d'une partie (à choisir) des évolutions génétiques de leurs aînés, ce qui améliorera par exemple leur odorat, leur intelligence, leur capacité à se tenir debout ou à communiquer. Éventuellement, on peut leur trouver un nouveau camp de base, histoire d'explorer un environnement inédit, avec des bestioles inconnues à chasser et des machins nouveaux à expérimenter. Quand le joueur estime avoir fait découvrir assez de choses à ses singes, il peut enclencher un processus qui va faire défiler des centaines de milliers d'années pour que le clan évolue vers une nouvelle espèce au nom latin imprononçable. Il n'est pas facile de décrire en quelques phrases ces mécanismes complexes d'évolution, mais vous avez l'idée principale.Une épopée de plusieurs dizaines d'heures qui m'a fait m'attacher à mes primates, avec leurs petites mimiques touchantes.
Chasse, pêche, nature et frustration.
Je ne vais pas le cacher, il y a des tonnes de problèmes dans Ancestors. Le système de crafting et d'interaction est aberrant, pataud, avec des manipulations infernales au gamepad, des difficultés à cibler les objets. La gestion des accouplements est lourdingue. Les PNJ singes peuvent se perdre en cours d'expédition. Le grinding des points d'XP neuronaux pousse à répéter des actions identiques. Les attaques de tigre à répétition sont ultra pénibles. Il y a des tonnes de cinématiques qu'on ne peut pas couper, même si on y a déjà eu droit quinze fois. Le jeu plante de temps en temps. Sur la trentaine d'heures que j'ai passées sur Ancestors, j'ai donc dû gueuler une bonne dizaine de fois « mais qu'est-ce que c'est que cette merde ?! ». Et pourtant, cela fait plus de dix jours que j'y retourne quotidiennement, parce que le studio québécois de Patrice Désilets a quand même réussi à faire quelque chose d'unique. Un jeu de survie/crafting qui n'est pas une copie carbone des autres titres du genre. Un walking simulator qui m'a donné l'impression d'avoir claqué 3 000 euros pour un safari kenyan, qui m'a terrorisé lorsque j'ai aperçu un mille-pattes géant me foncer dessus, et fait frissonner à la vue du premier éléphant trottant majestueusement entre les baobabs. Une épopée de plusieurs dizaines d'heures qui m'a fait m'attacher à des primates, avec leurs petites mimiques touchantes, leur vulnérabilité face aux bêtes impitoyables de la jungle, leurs cris de joie lorsqu'ils réussissent à tuer pour la première fois un grand prédateur. C'est un gloubi-boulga bancal, mais ça marche.
Larmes des doux singes.
Vendu à 40 euros, bourré de défauts, répétitif, générant parfois une grande frustration, je comprendrais donc qu'Ancestors se fasse écharper. Je vais quand même prendre le risque de lui mettre une bonne note et le recommander chaudement aux fans patients et tolérants de survie, de nature vierge, de lenteur, qui n'ont pas peur de tailler vingt bouts de bois par session de jeu. Si je me concentre sur le positif, sur les paysages fantastiques, sur la façon dont le joueur est subtilement guidé dans l'immense open world, sur les parties de chasse, sur l'émerveillement total (ou la terreur) qu'on a à découvrir petit à petit la faune, je n'ai vraiment pas envie de vous faire passer à côté de ce fascinant simulateur de primate. Rien que d'en parler, j'ai envie de le relancer. Surtout que je viens d'installer ma troupe dans une oasis à deux pas d'une immense plaine de savane et que j'ai aperçu ce qui semble être des zèbres chelous et un rhinocéros au loin. Je vais essayer de les empaler pour voir si leur viande a bon goût.Huit astuces pour ne pas devenir fou.
– Les combats sont simples. Appuyez sur A quand la caméra passe au ralenti/noir et blanc, dirigez le stick analogique vers l'animal (si vous avez une arme dans la main) ou ailleurs (si vous voulez esquiver) et relâchez quand vous entendez un petit ding sonore. Selon l'ennemi et votre timing, il faudra parfois plusieurs coups pour tuer un prédateur avec un bâton taillé en pointe.
– Ne stressez pas si vous perdez les trois quarts de votre clan. Partez en expédition (même en solo), vous trouverez des singes perdus à recruter en leur filant certains items.
– Notez sur un calepin les bonus que donnent les fruits ou les nourritures. Quand vos singes pisseront le sang ou seront empoisonnés, vous saurez ainsi rapidement quoi prendre pour les soigner.
– Les grands prédateurs, comme ces gros bâtards de tigres géants, vous suivront à la trace si vous restez trop souvent au sol. Passez par les arbres pour qu'ils vous « oublient ». Évitez de ramener un tigre près de votre camp, c'est bien pénible.
– Avant une expédition de groupe, équipez vos congénères de bâtons et de soins pour parer aux situations dangereuses.
– En groupe, l'intimidation marche très bien. Beuglez un bon coup puis fuyez dans les arbres.
– L'exploration des cavernes est épuisante pour les singes, car il faut nager et escalader. Prévoyez de la bouffe et laissez les vieux au campement.
– Ne cherchez pas à tout explorer. Suivez l'indice que vous donne le jeu pour progresser dans la bonne direction. Débloquez quelques territoires, renforcez une poignée de neurones puis procédez à une évolution.
Carte graphique et cartographie.
L'aventure commence au cœur de la jungle, dans une vallée étroite, encaissée, un peu sombre, qui m'a laissé penser, les deux ou trois premières heures de jeu, que l'open world d'Ancestors n'était pas immense. Fausse impression. Au fur et à mesure de l'exploration se révèlent des paysages de plus en plus ouverts. C'est un voyage Nouvelles Frontières tous frais payés en Tanzanie, on découvre des forêts inondées, des marécages, des dizaines de cascades, des lacs immenses, des arbres géants, des rivières, des plaines de savane, avec une végétation splendide qui varie selon la nature du terrain. L'Unreal Engine est exploité à la perfection, il n'y a pas un seul temps de chargement et la fluidité sur ma GeForce 1080 (2 560 × 1 440, tous les détails à fond) est toujours restée satisfaisante. Notez qu'à l'instar de Subnautica, le jeu n'a pas de carte, uniquement de vagues indications de l'emplacement des points d'intérêt sur le HUD. Une excellente excuse pour sortir le carnet de notes et s'improviser cartographe.