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Genre : roguelike, RPG
Développeur : Freehold Games (États-Unis)
Éditeur : Kitfox Games
Plateformes dispo : Windows, macOS, Linux
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 2 Go
Date de sortie : 05/12/2024
Langue : anglais corsé
Prix : 29 €
Les champs de lianes d’eau dessinent de grands miroirs sur les plaines de Joppa. Oasis de quiétude coincé entre le Grand Désert de sel de Moghra’yi et la jungle putride de Qud, le village est habité par des cultivateurs. Des suceurs de racines humides, qui accueillent avec méfiance le vagabond que je suis. L'apocalypse remonte à si loin, que même les mots semblent déformés. Certains ne veulent rien dire. À moins qu’ils ne soient les vestiges d’une civilisation morte depuis trop d'éons, encore accrochés à la glotte de vivants qui les prononcent sans comprendre.

Le moindre humain mutant (irradié ?), ou criblé d’implants cybernétiques (on murmure qu’il s’agit des survivants d’anciens abris), tient le crachoir à l’ours, au babouin, au nénuphar, au champignon. À Qud, si l’on boit de l’eau, on est vivant. Et tant qu’on est vivant, on est conscient. Même la coulemelle. Et moi, je ne comprends rien. Alors je remplis ma gourde d’eau, source de vie et unique monnaie de commerce, et je m’adresse au paysan nommé Mehmet.
Caves of Qud
Je marchande avec un dromadaire, à droite, dans l'échoppe rouge.

Gauche-droite-coup de Qud

Caves of Qud est un open-world science-fantasy role-playing roguelike. Science fantasy, ça signifie que la grammaire peu commune, les animaux anthropomorphes et les odeurs de fleurs priment sur l’anticipation scientifique réaliste. Role-playing, car vous pouvez passer deux heures à créer votre personnage, issu d’une des 24 castes aux attributs de départ différents.

En plus des points à répartir entre six jauges classiques (force, agilité, intelligence, etc.), c’est plus de 80 mutations de départ (ailes, vision nocturne, manipulation du temps, des esprits, téléportation, pyromancie…) ou une quinzaine d'implants cybernétiques qui vous attendent au vestiaire. Les rôlistes frémissent de plaisir. Et bientôt de douleur, car la mort les attend derrière chaque buisson, quand elle n’est pas directement causée par ce dernier. Un miséricordieux mode exploration permet heureusement d’aborder le monde avec des créatures neutres, et d'espérer ainsi survivre plus de dix minutes.

Agressé par du lichen, je fais des plantes mes ennemies.

Mythologie procédurale

Caves of Qud compte 75 000 mots écrits à la main. C’est dans ce réservoir grand comme un roman moyen que pioche un système de génération procédurale. Pour la grande toile de fond historique, par exemple, chaque nouvelle partie génère cinq périodes historiques, chacune dominée par un Sultan. Les événements importants de ces ères sont découpés en courts textes, éparpillés aux quatre vents (sur des reliques, des fresques, etc.) et consignés par le joueur dans un journal, où les extraits mis bout à bout finissent par former une histoire cohérente.

Chaque lieu ou objet décrit dans ces chroniques est modélisé en jeu : si vous entendez parler d’une arme légendaire, vous pouvez vous lancer à sa recherche. Le même système régit les interactions sociales. Chaque créature notable possède son histoire, et surtout ses relations avec certaines factions (il y en a soixante en tout). La manière dont vous traitez avec elle aura donc une influence sur votre propre réputation. 

Mehmet me demande de l’aide : une bestiole mange ses récoltes. J’accepte cette quête initiatique : tuer la vermine est à ma portée, même si je suis myope. Perdu : l’écrevisse me tue en trois coups. Adieu, Qud, c’était bien. Je reviens dans la peau de Nushimookat, un cow-boy solitaire, pour défourailler la bête à distance. Grisé de succès, je donne un nom à mon pétoire. Au pied de l'ascenseur cosmique ou dans les entrailles des catacombes impériales, je suis paumé dans un monde trop grand pour moi.

Alors j’accepte de ne pas tout comprendre. Je me fais mes propres histoires. Agressé par du lichen, je fais des plantes mes ennemies jurées. La diplomatie me fatigue, alors je vide patiemment mille cartouches sur ce boss censément « imbattable ». J’adopte un chien, le coiffe d’une lampe frontale. Le lendemain, la pauvre bête meurt immolée par mon propre feu de camp. Alors que je tutoie la fin de la quête principale, une tortue interdimensionnelle me téléporte VINGT-QUATRE strates sous terre. Après deux heures de recherche de ces scrogneugneux d’escaliers, un éboulement scelle mon destin. Je tente de creuser avec mon épée. Clic-droit > attaquer. Quinze coups pour un pan de mur. Des milliers de clics en perspective. Je découvre le game-over par burn-out.
Caves of Qud
La carte du monde...
Caves of Qud
... dont chaque case fait cette taille (plus des dizaines d'étages sous terre, évidemment).

Six pieds et sous terre

Si vous savez vous délecter de quelques lignes écrites sur un bas-relief ou une babiole (« Ce guéridon fut poncé par Rathamatep III, tué par ses disciples pour avoir goûté la lumière coulante. Il avait 14 ans » *Emplacement de ruines anciennes ajouté à la carte !*), alors vous goûterez l’extase. Caves of Qud est le jeu de l'expérimentateur frénétique qui mourra mille fois en se gaussant. Il est aussi celui du rôliste patient qui vivra les épopées de sa vie. Tous ouvriront leur âme à l’errance erratique, véritable trésor du jeu.

Car l’important, ce n’est pas la destination. C’est perdre une jambe dans un marécage. Se faire one-shot par un TOURNESOL. Récolter des fluides et les mélanger « juste pour voir », équiper ou voir muter les dix emplacements sur notre corps (nombre non définitif). Creuser le plus profond possible. Choper une vilaine infection à la langue, perdre l’usage de la parole, devenir incapable de déclencher des quêtes, et goûter au game-over par mutisme. 

Notre avis

Soupape François le 17 décembre 2024

| Modifié le le 17 décembre 2024

Qui suis-je, moi, Famootep, pauvre centaure fongique, pour noter une œuvre que mes douze membres ne suffiraient pas à envelopper ? Personne, oui, mais ce n’est pas une pâquerette qui va me dire quoi faire (vous êtes une pâquerette). Ce sera un grand 8. Un infini vertical qui sied aux couches sédimentaires de Caves of Qud, à ses possibilités infinies qui font tourner la tête.