Ah, les Polonais. Ce sont les nouveaux pionniers du jeu vidéo. Ils inondent Steam de titres sans queue ni tête, de simulateurs complètement pétés, juste pour voir si ça peut marcher. Et ils ont raison, car parfois, ça marche. Medieval Dynasty est une nouvelle preuve de la résilience extraordinaire de ce grand peuple.

Je ne me lasserai jamais de voir le soleil se coucher sur Ackbovia. Dire que sept ans auparavant, quand j'ai choisi ce terrain un peu au pif, il n'y avait ici que des herbes folles, de vieux arbres tordus et quelques cailloux. Aujourd'hui, c'est le plus gros village de la région. Une rue principale, plus de vingt-cinq maisons, un petit quartier d'artisanat, des hectares de champs parfaitement labourés. Et j'ai tout construit à la sueur de mon front, à la force de mes bras noueux, de mes mains caleuses de paysan d'Europe Centrale. Je salue Huniemir qui a moissonné du blé et planté des carottes toute la journée. J'aperçois Zbigniewa et Rambert qui travaillent encore à la cuisine, préparant les viandes et ragoûts qui régaleront ce soir la cinquantaine d'habitants du bourg. Leur fille, la petite Alruna, joue avec mon fils Eryk près du poulailler que j'ai bâti il y a de ça trois ans. Un peu plus loin, derrière la taverne où quelques villageois sirotent du jus de baie pour se détendre après le boulot, j'aperçois ma femme Kunegunda qui tisse du fil de lin dans son atelier. C'est une couturière de niveau 8, elle peut produire une bonne douzaine de chemises par saison. Je me goinfre de pièces d'or en les revendant aux hameaux environnants. Alors quand le soir tombe sur Ackbovia, que les torches s'allument pour illuminer les petites ruelles du mon village, je contemple ma création et murmure : « Ça y est, j'ai réussi. »

Le jeu se déroule sur une unique carte faite à la main, avec des lacs, des ruisseaux, des forêts, des montagnes, des cascades magnifiques. N'hésitez pas à l'explorer plusieurs heures pour y trouver l'endroit idéal où installer votre première maison.

Une bêche pour Jutrogost.

J'ai réussi, d'accord, mais purée j'en ai bavé. J'ai bossé comme un chien. Tenez, mon programme de la matinée. Lever à six heures du mat' pour aller ramasser 200 bâtons dans la forêt. Puis je construis une petite clôture autour du champ d'avoine, parce que c'est joli. Vers 10 h 00, je passe boire un coup à la rivière avant de faire griller 30 morceaux de viande. J'enchaîne avec du crafting de flèche jusqu'à midi, car j'ai repéré un camp de brigand dans un sous-bois à l'ouest – j'irai looter tout ça demain. Au passage, je répare le toit de la taverne, j'installe deux bancs supplémentaires sur la place centrale et je fais un peu d'administratif : il faut assigner Oskar à la forge et lui demander de construire des bêches pour Jutrogost et Jaromira qui vont devoir labourer l'énorme champ de blé d'ici la saison suivante. Ah, et si j'ai le temps, avant midi, je couperai un peu de bois de chauffe en prévision de l'hiver. Il n'y a pas de pause loisir à Ackbovia, ici on se lève tôt et on travaille plus pour gagner plus, pas comme ces millenials qui glandent toute la journée sur Instagram.

À Ackbovia, on se lève tôt et on travaille plus pour gagner plus.

Une maison pour Czabor.

L'après-midi, je me tape une longue randonnée à travers la forêt jusqu'à Gostovia, le village d'à côté. Je vais y refourguer mon surplus d'œufs et d'oignons à l'aubergiste, et acheter un peu de fumier à l'éleveur de vaches du coin pour fabriquer mon propre engrais. Près du feu de camp, je repère deux nouvelles têtes, Czabor et Emeryca. « Salut les potos, je monte un petit village pas loin d'ici, ça vous dit de le rejoindre ? Je vous offre une cahute, de la bouffe, et en échange vous bossez pour moi dix heures par jour et vous faites des bébés, deal ? » Ils acceptent sans broncher et ça me fait deux habitants supplémentaires. Il faudra juste que je pense à isoler les murs de leur maison avec une grosse couche de torchis, sinon ils vont gueuler cet hiver. Ça va encore me faire du boulot, tout ça. D'autant que je dois terminer de construire la porcherie. Et bricoler un harpon pour le pêcheur du village. Et chasser du sanglier pour récupérer du cuir. Et surveiller les stocks de carottes. Et trouver un second bûcheron compétent. Et scier des planches pour renforcer le toit de ma maison. J'entame ma huitième heure de jeu d'affilée. J'ai gribouillé trois pages de notes sur mon carnet Rhodia pour m'y retrouver dans cette interminable liste de tâches. J'ai parfois plus l'impression de travailler comme un esclave médiéval que de me détendre devant un bon jeu vidéo.

Plus de grind que dans Tony Hawk.

Vous vous souvenez de ces vieux MMO dans lesquels il fallait chasser 60 sangliers, récupérer 300 rondins, faire des allers-retours interminables entre deux villages de NPC ? Medieval Dynasty, c'est la même chose en solo. Et en pire. C'est du grind délirant. Un festival de clics. Bâtir la moindre maison demande dix minutes de boulot, des allers-retours à l'entrepôt, des dizaines de coups de marteaux monotones. Les temps de trajet sont ridicules, il faut parfois passer plusieurs minutes en mode « course automatique » pour aller acheter une capuche en fourrure ou une truie de l'autre côté de la vallée. En début de partie (c’est-à-dire, en gros, les 20 ou 30 premières heures de jeu...), lorsqu'on n'a pas encore assez de villageois pour automatiser ces tâches, on se farcit des séances de quinze minutes à cueillir des champignons, tuer des lapins, battre des céréales, crafter des piles de couteaux ou des litres de potage, retourner péniblement la terre d'un champ, mètre carré par mètre carré. Très sincèrement, c'est chiant comme tout. J'en suis même arrivé à me lancer des documentaires YouTube sur le second moniteur pour m'occuper l'esprit durant ces séquences interminables.

Trois chaînes YouTube à regarder en jouant à Medieval Dynasty

Arte
Une vraie mine d'or de documentaires passionnants. Durant la construction de mon village sur Medieval Dynasty, je me suis tapé l'intégralité des Origines du Christianisme (10 épisodes de 52 minutes) et tous les documentaires spatiaux de la chaîne (il y en a plus d'une douzaine). Je recommande aussi ceux de la catégorie « Histoire », selon les sujets qui vous bottent.

Collège de France
Je vous conseille toutes les vidéos des Leçons inaugurales (sur n'importe quel sujet qui vous intéresse un peu), qu'on peut laisser ronronner sur le second moniteur pour s'instruire entre deux séances de chasse au sanglier.

Secrets d'Histoire Officiel
OK, je sais ce que vous allez dire, Secrets d'Histoire c'est Stéphane Bern, gna gna gna. Mais ces docus sont quand même de bonnes « biographie d'introduction » pour quelques grands personnages historiques comme Clémenceau, Catherine de Médicis ou Léonard de Vinci. En bruit de fond, ça passe super bien.

Medieval Dynasty est le Stardew Valley de la misère paysanne.

Je ne dormirai pas avant d'avoir terminé cette grange.

Et pourtant, je n'arrête pas de jouer à Medieval Dynasty. Ce jeu a quelque chose de particulier, une ambiance, une sérénité, une beauté inédite dans le paysage pourtant très peuplé du jeu de survie/crafting/gestion. Les décors champêtres, motorisés par l'Unreal Engine, sont splendides : chaque saison est un ravissement pour les pupilles, et cette forêt aux couleurs changeantes fait forcément fantasmer le citadin moderne coincé dans son studio de banlieue parisienne. Mais c'est surtout l'addiction de la construction qui marche à plein pot. Impossible d'aller dormir sans avoir labouré un champ, abattu vingt arbres, érigé une ou deux cahutes supplémentaires, aménagé le verger ou monté une petite barrière autour de l'étable. Bien sûr, ça prend du temps. Trop de temps, peut-être. J'en suis à 120 heures de jeu et je n'ai pas encore vu le bout de l'arbre technologique, qui permet de débloquer les bâtiments et les objets les plus sophistiqués. J'ai tellement traîné à faire de la déco, à fignoler mon village qu'il m'a fallu 70 heures de labeur avant de m'acheter un cheval et produire mes premiers objets en métal. Je n'ai même pas eu l'occasion d'aller au bout des nombreuses quêtes que donnent les NPC des alentours pour gagner quelques points d'XP. De toute façon, elles n'ont pas grand intérêt. Non, ce qui compte pour moi, c'est ce village. Mon village. Le plus beau village que j'aie jamais construit dans un jeu vidéo.

C'est ici, à Borowo, que j'ai rencontré ma femme. J'ai mis trois saisons pour la séduire grâce au système de dialogue tout moisi. Quand je mourrai, c'est notre fils qui me remplacera à la tête du village. Oui, c'est un jeu sans fin.

Parce qu'ils ont bien rempli le terroir caisse

Leur jeu ayant déjà rencontré un succès commercial auquel ils ne s'attendaient probablement pas, les développeurs de Medieval Dynasty peuvent se permettre de continuer à bosser dessus. Voici ce qu'ils veulent rajouter d'ici à l'année prochaine :


  • Une vue à la troisième personne pour la fin 2021. Pas forcément essentielle, mais ça permettra de mieux profiter des vêtements de luxe qu'on peut acheter ou fabriquer. Je m'imagine très bien me pavaner dans mon village avec 3 000 pièces d'or de fringues sur le dos.

  • Des meubles et un système de décoration intérieure pour les maisons, des oiseaux, des moulins à vent et de nouvelles quêtes pour éduquer le fils du héros. Ça devrait faire un gros paquet de contenu supplémentaire pour le premier trimestre 2022.

  • Des versions consoles pour 2022, qui arriveront avec l'ajout d'armures, casques et boucliers à porter durant les combats contre les bandits qu'on rencontre parfois dans la forêt.


En revanche, il faut signaler que contrairement à ce que certains acheteurs ont pu penser, les développeurs ne comptent pas pousser le jeu jusqu'à la construction de château-fort ou de seigneurie. On restera un « maire de village », en gros un paysan parvenu, et rien de plus.

Mildiou Valley

Alors je vous le dis sans détours : Medieval Dynasty est objectivement un jeu de merde. C'est grindy, c'est lent, c'est répétitif jusqu'au dégoût. Petit bonus : l'interface de gestion des villageois est nullissime. Je suis ressorti de mes sessions de jeu la tête en vrac, les doigts meurtris, les lèvres recouvertes d'une croûte de bave séchée. Fuyez ce jeu dangereux, chronophage et saoulant. Maintenant, si vous refusez de m'écouter... alors bienvenue dans une extraordinaire épopée agricole. Medieval Dynasty, c'est un peu le Stardew Valley de la misère paysanne, où l'on se sent incroyablement fier de bâtir un village entier et d'y faire vivre toute une communauté de NPC en guenilles moyenâgeuses. Je me suis autant investi dans Ackbovia que sur mes usines de Satisfactory ou mes bases de Rimworld. J'ai adoré construire, produire, récolter mes moissons, admirer mes cochons, mes vaches, mes poules, accumuler des pièces d'or jusqu'à devenir l'homme le plus riche de la vallée. C'est un jeu incroyablement pénible et incroyablement gratifiant. Alors achetez-le. Ou ne l'achetez pas. Quoi que vous fassiez, ce sera une bonne décision.

 

 

Medieval Dynasty | Notre avis : 8

Medieval Dynasty est un jeu de construction/crafting lent et répétitif, un jeu de gestion tordu, un jeu de survie trop facile et un jeu de quêtes pourries. Mais si vous mettez le doigt dedans, vous risquez de ne plus vous arrêter, et vous gâcherez des dizaines d'heures de votre temps libre à bâtir laborieusement un petit village pour rendre heureux des paysans virtuels. Est-ce ainsi que vous voulez passer votre existence ?
La partie Chasse est convenable, sans être extraordinaire. De toute façon, après quelques années de développement, le jeu devient surtout une affaire de gestion des ressources, car ce sont les villageois qui se chargent de tout le boulot.