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Genre : jeu de rôle
Développeur : Owlcat Games (Russie)
Éditeur : META Publishing
Plateformes dispo : Windows, macOS
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 18,6 Go
Date de sortie : 02/09/2021
Langues : anglais sous-titré en français
Prix : 50 €
J’ai d’abord pensé qu’il ne s’était pas foulé, à revenir sur la piste de danse avec sa tenue des années 1990 : des elfes et des orcs, du temps réel pausable, des jets de dés à vingt faces. Et en même temps, je n’allais pas demander à l’infinity engine de se trahir : cette année, il revient en tant que suite au Pathfinder : Kingmaker de 2018, un descendant de Baldur’s Gate (c’est ce que veut dire « infinity engine », même si ça fait bien longtemps qu’on n’utilise plus ce moteur), et il avait donc tout un tas de cases à cocher.

Pour vous la faire courte, il s’agit de proposer un jeu de rôle en vue isométrique, où l’on gère un groupe d’aventuriers à qui il arrive des bricoles dans l’univers médiéval-fantastique de Pathfinder : un concurrent de Donjons & Dragons très populaire quoique un peu trop sage, dans un décor en 3D qui fait un poil regretter l’archipel du Feu Éteint. Dans le premier volet de la saga, on devait gérer une baronnie entière tout en explorant ses villages de péquenauds, ses cavernes remplies de trésors et ses châteaux hantés. Dans le second, Wrath of the Righteous, on se retrouve propulsé à l’autre bout du monde (pas besoin d’avoir fait Kingmaker avant, donc), dans une région attaquée par les démons depuis un siècle, où l’on va même diriger une croisade.

Baldur de la feuille.

Face à ce programme, déjà, on se dit que la dernière incarnation de l’infinity engine n’a pas lésiné sur la quantité. On parle d’entre 80 et 150 heures pour finir la campagne, avec un premier acte dans une ville envahie par les démons qui aurait pu constituer un jeu complet à lui tout seul. Dès la création du perso, l’avalanche de contenu commence : il y a une trentaine de classes qui vont de l’alchimiste au rôdeur, une centaine de sous-classes comme herboriste divin ou maître des couteaux, douze races, treize types de compagnons animaux. Une véritable opération séduction, qui a fonctionné du tonnerre sur moi puisque je ne dis jamais non à une après-midi perdue sur une feuille de perso.

Plus tard dans le jeu, on retrouve le bestiaire fourni, les centaines de sorts et les mécaniques complexes qui ont fait la réputation de l’infinity engine. Il y a même pour la première fois les voies mythiques, un genre de super classe de perso (liche, ange, démon…) qui nous est octroyée au fil de l’aventure en fonction de nos choix. Une générosité folle, à laquelle je mettrai toutefois le même bémol que pour ses aînés : dans certains cas, la quantité a clairement empiété sur la qualité, notamment en ce qui concerne les sorts, ultra nombreux mais souvent obscurs, niches et dispensables. Dans un registre similaire et même si je comprends la volonté d’imiter un jeu de rôle sur table, je regrette que de grands coups de serpe n’aient pas été donnés dans les règles héritées de Pathfinder, qui donnent des mécaniques inutilement compliquées.

Sonic est le nom, vitesse est mon jeu

En 2018, le précédent Pathfinder souffrait d’un énorme défaut : les personnages s’y mouvaient à deux à l’heure (0,5 à l’heure quand il pleuvait) et en prime le jeu n’avait pas d’avance rapide. Une faille incompréhensible, qui a heureusement été corrigée dans Wrath of the Righteous, où le groupe se déplace enfin à une vitesse à faire pâlir d’envie les escargots.

La strat’ se dilate.

Et justement, pour appréhender au mieux ces mécaniques, l’infinity engine m’a fait cadeau du système de combats le plus appréciable qui soit, le jouet des esthètes, l’élu des tacticiens : le mode tour par tour. D’ailleurs, c’est sans doute la présence de ce mode tant attendu (et absent de Kingmaker au lancement) qui m’a rendu plus que réceptif aux charmes de mon vieux partenaire de danse. En tour par tour, les combats sont rythmés mais lisibles, et je ne cache pas préférer de loin cette option à celle du temps réel pausable, brouillard imbitable et cacophonique qui m’a toujours tenu éloigné des descendants de Baldur.

Mais même si les batailles m’ont plus captivé que de coutume, j’ai trouvé que l’absence de trash mobs aurait pu les rendre encore meilleures : s’arrêter tous les trente mètres pour casser de la bestiole de troisième zone, c’est sympa en temps réel pausable, un peu moins en tour par tour, surtout quand quelques bugs mineurs – les rares que j’ai pu observer dans ma partie – rendent l’enchaînement des tours moins fluide.

La route de l’enfer, les bonnes intentions

Après le premier chapitre de la campagne, notre héros se retrouve à la tête de sa propre armée. Il doit l’utiliser pour déblayer les routes qui mènent au pays des démons, là où se déroule le reste de l’aventure. Un parcours qui se fait en parallèle de celui du groupe sur la carte du monde : on bouge l’armée, on jarte un pion qui symbolisait une armée de démons, et le groupe peut avancer pour explorer les environs. C’est un concept original, avec un volet gestion intéressant où l’on amasse des ressources spéciales et recrute différents types de soldats, avant de les emmener en bataille sur un damier qui rappelle les vieux Heroes of Might and Magic. Hélas, ces combats sont un peu trop simplistes et répétitifs pour amuser sur le long terme, alors j’ai rapidement dû me résoudre à confier la gestion complète de la croisade à l’ordinateur. On ne transige pas avec HOMM.

En plus de sa générosité, et de son goût pour la tactique, c’est le talent de raconteur de cet infinity engine qui m’a embarqué.

La croisade s'amuse.

Je vous ai parlé de sa générosité, de son goût pour la tactique et de son don pour le slow, mais pour être franc, c’est surtout le talent de raconteur de cet infinity engine version 2021 qui m’a embarqué. Même s’il tourne encore autour d’une histoire de religions (à croire que c’est le seul sujet possible pour les CRPG méd-fan), le scénario explore un terrain assez neuf en nous montrant ce qui arrive lorsque notre personnage est bombardé général d’une armée et doit la gérer. Surtout, l’infinity engine a su me parler, de surcroît dans une très bonne traduction française.

Il ne s’est pas exclamé « hé, c’est moi, Imoen ! ». Il ne m’a pas enseveli sous le lore du Dyrwood. Entre deux musiques orchestrales glorieuses, il m’a murmuré des histoires tragiques à l’oreille, il m’a montré des nuances dans le bien et le mal, il a su me faire rire. Il m’a présenté des compagnons variés et très attachants, comme l'indécrottable optimiste Lann (le Edér local) et l’intrépide paladine Seelah. Il m’a aussi proposé des quêtes intéressantes et sinueuses, comme cette enquête dans un manoir une décennie après un massacre. Bref, j’ai trouvé agréable que pour une fois on me propose des situations plus complexes qu’un puits à réparer ou un camp de bandits qui terrorise des villageois. Si Pathfinder revient dans quelques années avec une suite, c’est avec plaisir que j’accepterai son invitation à danser.

Notre avis

Izual le 13 septembre 2021

| Modifié le le 24 août 2024

Long, prenant et bien ficelé, Pathfinder : Wrath of the Righteous est sans doute l’un des meilleurs jeux inspirés par l’infinity engine. On peut lui reprocher de s’accrocher un peu trop fort à la tradition avec son univers conformiste et ses mécaniques souvent absconses, mais quelques ajouts bienvenus, comme le mode tour par tour ou un contexte de croisade périlleuse, compensent largement ces travers.