« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », écrivait Nietzsche dans Le Crépuscule des idoles (1888), donnant naissance sans le savoir à des générations de jeunes gens insupportables qui allaient répéter cette phrase en boucle et la graver sur les pupitres de leur classe de terminale L avant d'aller mal jouer de la guitare devant les grilles du lycée. Cette anecdote a son importance, car elle nous permet de ne pas confondre Nietzsche et Scourgebringer : en effet, dans Scourgebringer, c'est en mourant qu'on devient plus fort.

De la même façon que tous les écrivaillons edgy ont eu le malheur de naître après Nietzsche, Scourgebringer a eu le malheur de tomber entre mes mains après Hades. Si tôt après un chef-d'œuvre pareil, y avait-il de la place pour un nouveau roguelite ? Je craignais de devoir répondre par la négative, et mal noter ce petit jeu français au mépris de la politique de patriotisme économique de Canard PC (qui, comme son nom l'indique, repose sur le déploiement de batteries de missiles Patriot pour abattre les avions-cargos chargés de jeux étrangers).

Le fléau des carpettes.

Scourgebringer a choisi, excellente décision, de restreindre ses ambitions. Ses combats, qui ont lieu dans les salles d'un donjon dont on découvre peu à peu la carte, reposent sur quatre grands concepts : une attaque de mêlée rapide qu'on spamme pour infliger des dégâts, un coup puissant qui brise la garde des ennemis et les stunne lorsqu'ils sont sur le point de lancer une attaque, un dash qui permet à la fois de charger les monstres et d'éviter les bouboules qui nous arrivent sur la gueule, et enfin un canon dont les munitions se rechargent quand on tue des ennemis. C'est tout bête, mais très bien exécuté et parfaitement fluide, à tel point que même après avoir crevé comme un sale cochon pendant des heures (la courbe de difficulté est âpre), on continue à être impatient de pénétrer dans la prochaine salle pour en faire exploser les ennemis.
Il y a bien sûr quelques subtilités de gameplay qu'on débloque peu à peu dans un petit arbre de compétences, comme un combo qui permet de gagner plus de sang (qu'on échange auprès des marchands qui hantent les niveaux) ou la possibilité de renvoyer les tirs ennemis. Mais ce n'est pas la variété de son environnement ou de son gameplay qui font la valeur de Scourgebringer : c'est l'intensité de son gameplay, la tension de ses affrontements dans des pièces incroyablement ramassées où l'on peut tout perdre en un instant d'inattention, tout ça pour recommencer une fois de plus, toujours aussi vite mais avec deux points de vie en plus. Comme l'écrivait d'ailleurs Nietzche dans Le Gai savoir.

Scourgebringer | Notre avis : 7

| Modifié le 5 mai 2021
Scourgebringer n'est peut-être qu'un petit roguelite, mais la simplicité de son gameplay fait aussi sa force. Ses combats fluides et intenses, dans des salles extrêmement ramassées où l'héroïne est perpétuellement encerclée et où la moindre erreur se paye très cher, suffisent à le placer très haut dans le panthéon des beat 'em up/platformers.