« Chacun d'entre nous est spécial et dispose d'un talent particulier, qui ne demande qu'à être révélé », expliquait récemment à la radio le professeur Jean-Michel Bullshit, auteur de livres de développement personnel à destination des bobos en quête de sens. Ce cher professeur avait vu juste – c'est sans doute pour ça qu'il est professeur, d'ailleurs, quand on y réfléchit. Par exemple, le talent spécial de Noël Malware, c'est de mettre les gens mal à l'aise avec une petite remarque en apparence innocente. Je lui montre The Glass Starcase, lui explique que c'est une sorte d'Alone in the Dark. « Ah ouais, une sorte de Resident Evil », répond-t-il du tac au tac, avant de se taire et de me fixer d'un regard appuyé dont j'emporterai le souvenir dans la tombe.

L'autre grand talent de Noël Malware, c'est d'avoir raison. Car si le contexte de The Glass Staircase, un grand manoir dont on va explorer les profondeurs, ainsi que le faible nombre d'armes et de munitions, évoque davantage le jeu de Frédéric Raynal, le reste louche salement du côté de Resident Evil. Des angles de caméra aux modèles 3D, en passant par les animations de portes qui s'ouvrent à chaque fois que l'on pénètre dans une nouvelle pièce, tout est inspiré, pour ne pas dire pompé, du premier Resident. Et c'est voulu : Puppet Combo, développeur solitaire à qui l'on doit déjà des jeux aux titres enthousiasmants comme Babysitter Bloodbath (« Bain de sang pour la babysitter ») ou Power Drill Massacre (« Massacre à la perceuse »), est obsédé par les survival horror époque PlayStation 1. « Et les films gore sur VHS des années 80 », précise également sa page Itch.io (puppetcombo.itch.io) – ce qui explique sans doute pourquoi The Glass Staircase offre autant de filtres de postprocessing. Affichage old school en 640 × 480, filtre façon VHS usée, effet projecteur (avec le petit bruit de la bobine qui tourne en prime), l'apparence de The Glass Staircase peut être personnalisée pour correspondre à vos goûts en matière de flippe. Ça peut sembler un peu gadget, bien sûr, mais depuis l'excellent Betrayer, dont l'ambiance changeait du tout au tout selon qu'on choisisse d'y jouer en noir et blanc, avec des couleurs naturelles ou bien saturées, j'ai une tendresse particulière pour ces jeux qui permettent à l'utilisateur de jouer sur leur aspect visuel et de constater quelle différence la modification de quelques pixels peut avoir sur l'expérience ludique. Dommage qu'à part ça, le jeu de Puppet Combo n'ait pas grand-chose à offrir.

Résidentes et vils.

Tout commence comme dans une histoire belge. Quatre petites filles vêtues de robes blanches, enfermées à l'étage dans un manoir sordide et abandonné, attendent bien sagement dans leur dortoir. Chaque matin, un haut-parleur appelle l'une d'entre elles et l'invite à aller trouver, sur la table du rez-de-chaussée, une note décrivant la tâche qu'elle devra accomplir aujourd'hui. Arracher les mauvaises herbes dans le jardin, aller réceptionner un colis à l'entrée, rallumer les bougies. Pourquoi sont-elles retenues ici ? À qui appartient cette voix dans le haut-parleur ? On trouve les réponses peu à peu, dans les pages de journaux intimes qui traînent dans la bâtisse. Le début est prometteur, le rythme bien mené, on apprend à avoir peur de tout, à redouter chaque changement de caméra, chaque nouvelle pièce. Puis, dans le dernier tiers du jeu, viennent les combats, imprécis, frustrants. Et la fin, au bout de deux petites heures. On aurait aimé en voir plus. Pour six euros, les amateurs de curiosités macabres peuvent tout de même se laisser tenter.

The Glass Staircase | Notre avis : 6

| Modifié le 5 mai 2021
Hommage aux vieux films et jeux d'horreur, The Glass Staircase a pour lui son ambiance assez réussie et son usage intéressant des effets de postprocessing. Dommage qu'il soit un peu court et, surtout, alourdi par des combats imprécis et frustrants.