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Genre : Match-3, tower defense
Développeur : AP Thomson (États-Unis)
Éditeur : Fellow Traveler
Plateformes dispo : Windows, macOS
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 600 Mo
Date de sortie : 23/04/2026
Langue : anglais
Prix : 13 €
Indescriptible : bon, essayons quand même. Le personnage a priori féminin de cinq pixels de haut que l’on incarne s’égare dans un étrange château, la fameuse Titanium Court. Elle est peuplée de « fées » qui n’ont, à l’exception peut-être de leur teint bleu, de féerique que le nom tant elles ressemblent à vous et moi. Pas le temps de dire « où suis-je ? » que vous voilà proclamée reine de cette drôle de compagnie. La souveraine que vous êtes fraîchement devenue doit désormais mener la guerre éternelle dans laquelle vos sujets sont engagés.

Des choix suivis des fées

Chaque bataille se découpe en deux phases. D’abord, la marée haute. C’est du Candy Crush ou du Bejeweled. Votre château est placé au centre d’une grille et chaque case représente un type de terrain (champ, rivière, montagne, forêt). Intervertir deux carrés et causer l’alignement d’au moins trois qui sont identiques les font disparaître (en réalité, ils sont convertis en ressources), provoquant la chute de blocs de remplacement venus d’en haut. Il est évidemment encouragé d’aligner les bases ennemies afin de les supprimer ou, a minima, mettre de la distance entre vous et le danger, voire carrément des obstacles. Une fois nos coups épuisés, on passe à la marée basse.

La grille se fige et, d’un seul coup, Titanium Court se mue en tower defense. Contre des ressources, déployez des unités sur le terrain. Guerriers ou fermiers, tout dépendra de la situation et des forces en présence, car, après tout, si vous avez bien mené votre barque pendant la marée haute, vous pourriez parfaitement vous retrouver sans adversaires à défaire sur le champ de bataille. Une fois les troupes avancées, on appuie sur « lecture », on regarde nos petits bonshommes travailler en toute autonomie et on prie pour que les murs de la cour survivent aux trente interminables secondes que dure l’assaut. Il y a une quantité conséquente de subtilités, notamment un aspect roguelite qui sert à faire progresser l’histoire, mais je n’ai que deux pages.

Ne faites pas comme ces gamers qui ne se lavent pas ! Pendant la douche quotidienne, vous pouvez aligner les pensées pour produire de très bons conseils qui servent réellement en jeu.

Tower Défonce

Le fait que ce mélange improbable puisse fonctionner est, en soi, formidable. C’est fascinant. Je ne suis pas particulièrement adepte de match-3 à la Bejeweled, ni de tower defense, d’ailleurs. Et, malgré mes affinités lacunaires, malgré ma pratique de ce jeu qui peut parfois relever de la corvée à mes yeux, je suis incapable de ne pas percevoir le génie de la proposition. Même moi, l’incompatible, j’apprécie cette chance de goûter au fruit d’une expérience visionnaire, raffinée, osée. D’une tentative qui fait réellement avancer le schmilblick, qui rajoute des pages au lexique du langage ludique. À défaut de plaisir immédiat, il y a une grande admiration.

Le fruit d’une expérience visionnaire, raffinée, osée. Une tentative qui fait réellement avancer le schmilblick.

La forme est aussi dérangée que le fond. Les graphismes rappellent les vieux jeux MS-DOS en CGA, avec, quoi, seize couleurs qui se démènent pour décalquer des silhouettes étrangement photoréalistes, des objets du quotidien ou des animaux qui clignotent subrepticement dans des vignettes afin de marquer la chute d’une base ou le fait qu’on vient de se prendre un projectile en pleine poire. La musique, c’est du rock psychédélique, avec ses distorsions, ses riffs glissés, langoureux et interminables, son aspect éthéré et hors du temps. L’énergie est un peu plus calme qu’un Llamasoft, mais, franchement, on est dans un ter-ter limitrophe.

Le songe d’une nuit d’éther

Et l’éléphant dans la pièce : l’écriture. Absurde à l’excès, elle n’a qu’un objectif, mettre en exergue la stupéfaction de notre héroïne face à cette bande d’adorables abrutis qui pensent qu’un panneau stop est une puissante et ancienne rune de pétrification, ou que les voitures n’existent que dans la mythologie humaine. C’est drôle, intelligent, peut-être un chouïa prétentieux. « Trop verbeux », comme se décrit parfois le jeu lui-même.

C’est drôle, intelligent, peut-être un chouïa prétentieux. « Trop verbeux », comme se décrit parfois le jeu lui-même.

Bien que ces enchaînements de situations délirantes provoquent souvent des sourires avec cet humour à mi-chemin entre le méta commentaire à la Pratchett et des dialogues dignes d’un sketch des Monty Python, on ne parvient pas toujours à saisir où tout cela veut en venir. Un propos sur le médium jeu vidéo ? L’introspection métaphorique d’une adulte perdue dans la vie ? Dans les deux cas, on a déjà vu mieux ailleurs. Bah. Qu’importe. On est encore dans l’expérimental. Et la magie des expériences, c’est la possibilité permanente que tout ne marche pas comme on l’avait espéré.

Notre avis

Kocobé le 29 avril 2026
Bizarre, imprégnant et résolument innovant, il y a quelque chose de très noble dans Titanium Court. Je ne peux pas dire que je suis accro ou que je m’amuse comme un petit fou, mais j’ai rarement été aussi intrigué par l’existence même d’un jeu et de son intention sous-jacente. Il émane de ce titre comme un charme mystique qui parvient inexorablement à s’infiltrer entre les interstices des quelques défauts que je lui trouve.