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Genre : gestion
Développeur : Two Point Studios (Royaume-Uni)
Éditeur : Sega
Plateformes dispo : Windows, macOS, Linux, PS5, Xbox Series, Switch
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 4 Go
Date de sortie : 4 mars 2025
Langues : anglais sous-titré en français
Prix : 30 €
Je n’ai pas joué à Two Point Museum, j’ai joué à Two Point Dinos, à Two Point Maison Hantée, à Two Point Aquarium, àTwo Point Espace… aucun n’était difficile, tous étaient un peu différents. Pour rappel, c’est le troisième épisode d’une série de jeux de gestion « à la Bullfrog » (Theme Hospital) par des anciens de… Bullfrog. Avec ses marqueurs hyper identifiables, son look et sa loufoquerie à la Wallace et Gromit, sa gestion budgétaire plus facile que si vous étiez Jeff Bezos en train de vous demander « économique, business ou je rachète la compagnie aérienne ? », c’est l’anti-ackboo par excellence. Logiquement, il aime bien, par pur esprit de contradiction.

Les galeries m’font golri

Mais même lui a boudé le second épisode, pressentant que passer des hôpitaux aux facultés risquait de n’être qu’un changement de costume à la Arturo Brachetti, virtuose, mais similaire. Une pente dangereuse, qui présentait un fort risque du syndrome « jeu à saignement », qui perd un point à chaque itération. Ça n’a pas loupé. Car, au fond, les Two Point ne sont pas des jeux de comptable, mais des jeux de déco et de gestion des tâches, un genre agréable, mais qui a besoin de plus qu’un changement de skin pour se renouveler. D’autant que, sur le reste, la formule est déjà au point, les personnages sont pleins de vie, l’iconographie est un modèle du genre, les menus encore plus parfaits qu’avant… sérieusement, que quelqu’un chez Paradox aille faire un stage chez Two Point Studios pour comprendre que quand toutes les informations utiles sont à portée de clic, tout va mieux.

À fond les caisses !

Si on m’avait dit, un jour, que pour redonner de l’élan à une série, il fallait intégrer tout ce que le jeu vidéo a de pire, j’aurais vomi (on vomit toujours beaucoup dans la série). Ici, j’applaudis l’arrivée d’un système de gatcha, de lootbox et la monnaie ingame me ravit toujours. Je n’ai pas changé mon régime alimentaire avec un régime « détox par le LSD », simplement Museum le fait pour conserver la dopamine à un niveau constant, mais mesuré.

Vous envoyez des équipes dans un hélicoptère vers des points d’intérêt sur des cartes, pour récupérer une caisse à chaque fois. Chaque destination concerne une catégorie de recherche et produit un effet, bénéfique… ou pas (maladie, malédiction, « disparition » d’employé…), parmi plusieurs annoncées. Une sorte de mini-jeu à la XCOM. Chaque ouverture de coffre vous fait frétiller le cortex et susurrer « j’espère que c’est une énormonobête congelée de qualité épique ! ». Et en rab, ça débloque de la pure déco avec les sous du jeu. Dommage qu’il n’y ait pas de Season Pass (je déconne, je déconne !).

Ici, il faut progressivement remplir le vide, plutôt que de multiplier les salles dès le départ et d’essayer d’équilibrer l'ensemble ensuite. Voilà qui semble un détail, mais qui change tout sans avoir l’air d’y toucher : on joue tout le temps. Pour monter une expédition (voir encadré) et envoyer du personnel chercher des nouveautés sur une carte, pour améliorer une zone thématique, pour optimiser le flux des visiteurs, pour définir des zones de température adaptées, pour placer au mieux vos pièces maîtresses (les distributeurs, les cafétérias et les boutiques) selon les degrés de fatigue et de faim/soif des gens (il y a des filtres pour tout).

Coupable d’exhibitionnisme

Avec Museum, les Anglais brillent de nouveau : ce n’est pas le bâtiment et ses fonctions qui comptent le plus, ce sont les bibelots. Alors on va faire des bâtiments dont c’est la fonction même de les exposer, des musées. Notez que je n’ai pas dit UN musée. Dans la campagne, chaque type d’exposition sert à introduire différentes couches de complexité, des mécaniques spécifiques – de la gestion des températures et de l’humidité jusqu'au besoin d’attractions interactives pour les plus jeunes – et si tout paraît si simple, ce n’est pas par manque de profondeur, mais par la souplesse et la douceur de leurs arrivées.

Tout arrive au bon moment, logiquement (si tant est que gérer le taux d’hygrométrie de plantes carnivores pour transformer les visiteurs gothiques en vampires fasse sens). Et pour ne jamais lasser, ces ajouts ouvrent des options dans les anciens musées, permettant de continuer librement sa course aux étoiles de niveau dans un va-et-vient entre ambiances. Ce qu’on apprend ici s’utilise ailleurs, et le tout suit une progression générale. C’est beau comme du Rembrandt ! Le mode Sandbox n’en sera que la cerise sur le gâteau.
Museum montre qu’il est bien un jeu de gestion, mais il n’est pas de ceux qui veulent vous faire suer du sif pour le prouver. La déco, c’est le sujet, ils l’admettent enfin pleinement. Mais cette fois, elle est au centre du jeu avec cette pirouette : le « buzz » et le niveau d’information pour les visiteurs qui sont liés à chaque pièce exposée. Vous n’êtes jamais brusqué, toujours incité. Et si l'on veut dire que gérer les formations individuelles du personnel (experts, assistants, concierges et agents de sécurité), des visites guidées avec pas moins de cinq paramètres de satisfaction et l’analyse en salle spécialisée des doublons de trouvailles pour augmenter la valeur de chaque sous-catégorie d’exposition est un truc de casu'… écoutez, s’il vous faut ça pour vous sentir un vrai G4MerZ.

L’homme est un Louvre pour l’homme

Vous lancez « une p’tite partie d’une heure » et vous y restez jusqu’à la fermeture. Two Point Studios peut arrêter de faire des suites. Qu’ils nous inondent de DLC à bas prix pour ajouter des musées de types différents, qu’ils mettent toute leur créativité à intégrer de nouveaux éléments de gestion au cas par cas, et je serai le plus heureux des hommes.

Il reste des micro-défauts de placements, de pathfinding dans les grosses réalisations, ou de comportements du personnel, et toujours pas d’étages, mais on s’amuse tellement qu’ils sont anecdotiques. Un jeu de gestion aussi bien réalisé, mais dans lequel je peux sans crainte m’arrêter de gérer cinq minutes pour admirer ma réalisation, construite pièce par pièce, tout en fouillant du regard les dizaines de détails à la « Où est Charlie ? » ? Ne cherchez plus le nouveau mètre étalon du genre, l'ancien est de retour.

Notre avis

Perco le 26 mars 2025
On s’emmerde dans les musées, mais on aime bien dire qu’on y va beaucoup, pour faire genre en société. Two Point Museum fait l’inverse : on s’y amuse énormément, mais on n’ose pas trop le dire, de peur de passer pour un joueur casu' qui n’enchaîne pas les parties de Banished. Faites fi du qu’en-dira-t-on. Pour un prix plus que correct, vautrez-vous dedans une trentaine d’heures ou plus et vous ne regretterez rien. C’est le meilleur épisode pour commencer, le meilleur pour s’y remettre, le meilleur épisode tout court.