Développeur : Team Ninja (Japon)
Éditeur : Koei Tecmo Holdings
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 39,7 Go
Date de sortie : 03/03/2023
Langues : voix en anglais, mandarin et japonais, textes en français
Prix : 70 €
| Modifié le le 14 mars 2023
Peut-être avez-vous cumulé plus de 700 heures sur les trois Dark Souls. Peut-être avez-vous éclusé trois fois les défis d’Elden Ring. Peut-être avez-vous fini Sekiro. Peut-être même avez-vous multiplié les NG+ sur Nioh et fini Salt & Sanctuary. Vous êtes un maso, un vrai, et vous vous sentez invincible, inarrêtable. Seulement voilà : vous n’êtes pas prêt.
Tout vient à poing à Qi sait attendre.
Dans l’idée, votre héros peut donner deux types de coups : une frappe « normale », qui fait monter sa jauge d’esprit, et une autre plus puissante, dont les dégâts sont proportionnels à ce même niveau d’esprit. Les tatanes bourrines, tout comme les esquives, les blocages et les coups reçus font virer cette jauge dans le négatif jusqu’à épuisement, ce qui vous laisse vulnérable pendant quelques secondes. Plus important encore : le système de parade, clairement inspiré de Sekiro. Chaque coup de vos adversaires peut être contré si vous avez le bon timing, ouvrant la voie à une riposte. Mieux : parez un coup imblocable, et c’est sa jauge d’esprit qui baisse drastiquement. Faites-la chuter suffisamment, et vous obtenez une courte fenêtre pour une frappe critique, qui va sauvagement réduire ses points de vie. Parfois permissives, souvent serrées, ces parades forment l’essence du combat. Attendre, esquiver, contrer, taper, respirer… et recommencer.En principe, cet indicateur vous permet de savoir d’un coup d'œil si un ennemi est à votre portée, ou s’il risque de vous transformer en purée en deux coups de latte. Comme les bannières établissent un seuil minimum de moral récupéré après un décès, ce système vous incite tout naturellement à fouiller les niveaux de fond en comble pour affronter le boss sans pâtir d’un trop gros écart. Dommage que certaines soient aussi bien planquées, générant ainsi plus de frustration qu’autre chose.
Wo Long est probablement le jeu le plus punitif auquel j’aie joué.
L’éternité, c’est Wo Long, surtout vers la fin.
Les débuts sont encourageants. L’éditeur de personnage est très complet, même si j’ai regretté le manque de variété dans les moustaches et les barbes (on est en Chine médiévale, flûte). Les options pléthoriques permettent d’ajuster l’expérience à son goût. Une fois mon vénérable guerrier achevé, j’entame le niveau qui sert de tutoriel, où l’on m’explique peu ou prou les mécaniques. Pas super clair, mais c’est pas grave, ça viendra en jouant, me dis-je benoîtement. Arrive le premier boss (du tuto donc). Première claque, il m’expédie au tapis en quelques coups bien sentis.Au terme de cette ascension, je peux le dire sans ambages : Wo Long est probablement le jeu le plus punitif auquel j’aie joué. Il ne lâche rien. Au bout d’une vingtaine d’heures, j’ai fini par prendre suffisamment le coup pour ne plus me faire balader et commencer à maîtriser à peu près mes combats sans mourir toutes les cinq secondes. Et malgré cette expérience, le jeu a continué à envoyer des boss quasi insurmontables jusqu’au bout, histoire de bien me rappeler qui était le patron. Par curiosité malsaine, j’ai retenté l’aventure à zéro, avec pour seule arme un bâton un peu pourri et mon expérience accumulée. J’ai quand même mordu la poussière trois-quatre fois avant de triompher. Et je ne m’étendrai pas sur le NG+, où ce même boss survitaminé m’a fait comprendre encore et encore les tourments endurés par une serpillère.
Boss boloss vs beau gosse qu’il désosse.
Un bon Souls est sévère, mais juste. Un bon Souls tape fort, mais donne au joueur les armes pour arriver à ses fins. Wo Long a décidé que ça ne suffisait pas : il veut vous conditionner. Nombre de boss vous éclatent en deux ou trois pichenettes. La plupart d’entre eux se fichent de vos frappes : elles font peu de dégâts, elles ne les déstabilisent pas, elles sont presque là pour faire joli, surtout si vous optez pour des armes légères.Si vous voulez vraiment taper un gros vilain, il faut maîtriser à la perfection la parade, et prier pour qu’il vous sorte un coup imblocable, pour le contrer avec le bon timing et le renvoyer dans ses molaires. Répétez ad nauseam jusqu’à réussir à caler un critique à votre tour, qui lui enlèvera 15 à 20 % de sa vie. Le tout sans mourir et en faisant face à des attaques aussi nerveuses que rapides. Vous allez devoir apprendre chaque salve par cœur, anticiper les enchaînements, vous soigner pendant les rares temps morts, jusqu’à la victoire. Ce n’est plus de l’habitude, c’est une prise de timing couplée à de la mémoire musculaire. Pour certains boss, j’ai eu des sensations proches de celles que m’avait données Malenia*. Oui, à ce point.
* Si vous ne savez pas de quoi je parle, vous attendez quoi pour vous mettre à Elden Ring, au juste ?
Les combats ne relèvent plus de l’habitude, mais d'une prise de timing couplée à de la mémoire musculaire.
Les PNJ se cachent pour mourir.
Allez, qu’importe la difficulté si je peux côtoyer les plus grands héros des Trois Royaumes ! Cao Cao, Liu Bei, Sun Quan et nombre d’autres figures emblématiques de cette ère répondent à l’appel. Hélas, leur intérêt frise le zéro. L’ersatz de scénario évoque un élixir maudit, possédé par un taoïste noir vraiment très méchant avec un gros rire de méchant qui l’utilise pour faire des choses très méchantes à des gens qui ne sont pas forcément méchants mais qui deviennent méchants à cause de lui. Et encore, j’embellis. C’est décousu, sans queue ni tête, stupidement absurde et bardé de phrases aussi majestueuses que « Avec la chevalerie remplissant nos cœurs, laissons notre force égaler celle du Qinglong lui-même ! » (sic). Les PNJ qui vous accompagnent pendant certaines missions déblatèrent niaiserie sur niaiserie, et j’ai vraiment regretté qu’il n’y ait pas une option pour leur couper le sifflet, même si le doublage en mandarin aide (un peu) à l’immersion.
Finitioh pas aux petits onioh.
Tiens d’ailleurs, parlons-en des PNJ : dire que leur IA a été façonnée à la truelle est une insulte aux maçons. Au mieux, ils distraient un ennemi en prenant l’aggro pour que vous puissiez lui coller tranquillement deux, trois baffes. Au pire, ils viennent se placer juste devant vous quand vous êtes sur le point de parer ou de contre-attaquer. Et dans 90 % des cas, ils ont la réactivité d’une loutre neurasthénique. Pour un peu, on s’attendrait presque à les voir sortir une belote.En parlant de bouton d’ailleurs, oubliez votre combo clavier-souris. Dans cette configuration, la gestion de la caméra est catastrophique, à cause d’une légère zone morte apparemment volontaire mais totalement contre-productive. Le jeu a clairement été pensé pour être joué à la manette, et vous allez vous compliquer encore un peu plus la vie inutilement en faisant l’impasse dessus.
Pas le portage de l’angoisse.
Côté performance, j’ai été en revanche assez surpris de voir le tombereau de critiques négatives sur l’optimisation du jeu. Avec la plupart des options à fond, en 1440p et équipé d’un Ryzen 3800X et d’une RTX 3070 Ti, j’ai eu en tout et pour tout un seul petit couac : une séquence de jeu qui se lance tandis que l’écran reste sur la page de chargement, ainsi que quelques ralentissements par endroits, heureusement jamais lors d’une phase critique – peut-être ai-je été particulièrement chanceux.