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Genre : Souls-like
Développeur : Team Ninja (Japon)
Éditeur : Koei Tecmo Holdings
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 39,7 Go
Date de sortie : 03/03/2023
Langues : voix en anglais, mandarin et japonais, textes en français
Prix : 70 €
Team Ninja a clairement voulu marquer un retour aux sources, en proposant une aventure dans le cadre de la Guerre des Trois Royaumes, autour de l’an 200 en Chine. Wo Long est une sorte d’hybride entre Nioh pour la structure et Ninja Gaiden pour la difficulté : des niveaux plus ou moins longs et relativement linéaires, avant un boss bien velu. Entre-temps, vous allez récupérer une pelletée d’armes et d’objets en tout genre et rencontrer des PNJ prétendument héroïques (on y reviendra). Si, dans la forme, on reste en terre connue, la plus grosse différence se situe dans la mécanique de la bagarre, plus poussée que dans les jeux précédents du studio.

Tout vient à poing à Qi sait attendre.

Dans l’idée, votre héros peut donner deux types de coups : une frappe « normale », qui fait monter sa jauge d’esprit, et une autre plus puissante, dont les dégâts sont proportionnels à ce même niveau d’esprit. Les tatanes bourrines, tout comme les esquives, les blocages et les coups reçus font virer cette jauge dans le négatif jusqu’à épuisement, ce qui vous laisse vulnérable pendant quelques secondes. Plus important encore : le système de parade, clairement inspiré de Sekiro. Chaque coup de vos adversaires peut être contré si vous avez le bon timing, ouvrant la voie à une riposte. Mieux : parez un coup imblocable, et c’est sa jauge d’esprit qui baisse drastiquement. Faites-la chuter suffisamment, et vous obtenez une courte fenêtre pour une frappe critique, qui va sauvagement réduire ses points de vie. Parfois permissives, souvent serrées, ces parades forment l’essence du combat. Attendre, esquiver, contrer, taper, respirer… et recommencer.

La puissance de votre personnage dépend de son équipement et de deux échelles distinctes. D’une part, le niveau général, lié aux éléments : le bois affecte les points de vie, la pierre joue sur l’endurance et le poids du matériel, l’eau sur la discrétion… Ces points se gagnent (durement) en dépensant du Qi, l’expérience du jeu. Plus original, le moral part généralement de zéro à chaque nouvelle mission, et augmente en tuant des ennemis puissants et en activant des bannières (les « feux de camp » du jeu).

En principe, cet indicateur vous permet de savoir d’un coup d'œil si un ennemi est à votre portée, ou s’il risque de vous transformer en purée en deux coups de latte. Comme les bannières établissent un seuil minimum de moral récupéré après un décès, ce système vous incite tout naturellement à fouiller les niveaux de fond en comble pour affronter le boss sans pâtir d’un trop gros écart. Dommage que certaines soient aussi bien planquées, générant ainsi plus de frustration qu’autre chose.

Wo Long est probablement le jeu le plus punitif auquel j’aie joué.

L’éternité, c’est Wo Long, surtout vers la fin.

Les débuts sont encourageants. L’éditeur de personnage est très complet, même si j’ai regretté le manque de variété dans les moustaches et les barbes (on est en Chine médiévale, flûte). Les options pléthoriques permettent d’ajuster l’expérience à son goût. Une fois mon vénérable guerrier achevé, j’entame le niveau qui sert de tutoriel, où l’on m’explique peu ou prou les mécaniques. Pas super clair, mais c’est pas grave, ça viendra en jouant, me dis-je benoîtement. Arrive le premier boss (du tuto donc). Première claque, il m’expédie au tapis en quelques coups bien sentis.

Le premier mur du jeu. Le premier d'une longue série.
Que serait un Souls sans ses égouts...
Trois tentatives plus tard, ça y est, il est vaincu. Victoire ! Sauf que non, il avait une deuxième phase. Qui bouge vite. Qui tape fort. Très fort. Trop fort. Je m’y suis repris une quinzaine de fois avant de le voir trépasser. À ce moment-là, j’ai senti une goutte de sueur perler sur mon front. Goutte qui s’est mutée en cascade durant la grosse trentaine d’heures que j’ai passée pour finir ce défi, boss retors après boss vicieux.

Au terme de cette ascension, je peux le dire sans ambages : Wo Long est probablement le jeu le plus punitif auquel j’aie joué. Il ne lâche rien. Au bout d’une vingtaine d’heures, j’ai fini par prendre suffisamment le coup pour ne plus me faire balader et commencer à maîtriser à peu près mes combats sans mourir toutes les cinq secondes. Et malgré cette expérience, le jeu a continué à envoyer des boss quasi insurmontables jusqu’au bout, histoire de bien me rappeler qui était le patron. Par curiosité malsaine, j’ai retenté l’aventure à zéro, avec pour seule arme un bâton un peu pourri et mon expérience accumulée. J’ai quand même mordu la poussière trois-quatre fois avant de triompher. Et je ne m’étendrai pas sur le NG+, où ce même boss survitaminé m’a fait comprendre encore et encore les tourments endurés par une serpillère.

Boss boloss vs beau gosse qu’il désosse.

Un bon Souls est sévère, mais juste. Un bon Souls tape fort, mais donne au joueur les armes pour arriver à ses fins. Wo Long a décidé que ça ne suffisait pas : il veut vous conditionner. Nombre de boss vous éclatent en deux ou trois pichenettes. La plupart d’entre eux se fichent de vos frappes : elles font peu de dégâts, elles ne les déstabilisent pas, elles sont presque là pour faire joli, surtout si vous optez pour des armes légères.

Si vous voulez vraiment taper un gros vilain, il faut maîtriser à la perfection la parade, et prier pour qu’il vous sorte un coup imblocable, pour le contrer avec le bon timing et le renvoyer dans ses molaires. Répétez ad nauseam jusqu’à réussir à caler un critique à votre tour, qui lui enlèvera 15 à 20 % de sa vie. Le tout sans mourir et en faisant face à des attaques aussi nerveuses que rapides. Vous allez devoir apprendre chaque salve par cœur, anticiper les enchaînements, vous soigner pendant les rares temps morts, jusqu’à la victoire. Ce n’est plus de l’habitude, c’est une prise de timing couplée à de la mémoire musculaire. Pour certains boss, j’ai eu des sensations proches de celles que m’avait données Malenia*. Oui, à ce point.

* Si vous ne savez pas de quoi je parle, vous attendez quoi pour vous mettre à Elden Ring, au juste ?

Les combats ne relèvent plus de l’habitude, mais d'une prise de timing couplée à de la mémoire musculaire.

Les PNJ se cachent pour mourir.

Allez, qu’importe la difficulté si je peux côtoyer les plus grands héros des Trois Royaumes ! Cao Cao, Liu Bei, Sun Quan et nombre d’autres figures emblématiques de cette ère répondent à l’appel. Hélas, leur intérêt frise le zéro. L’ersatz de scénario évoque un élixir maudit, possédé par un taoïste noir vraiment très méchant avec un gros rire de méchant qui l’utilise pour faire des choses très méchantes à des gens qui ne sont pas forcément méchants mais qui deviennent méchants à cause de lui. Et encore, j’embellis. C’est décousu, sans queue ni tête, stupidement absurde et bardé de phrases aussi majestueuses que « Avec la chevalerie remplissant nos cœurs, laissons notre force égaler celle du Qinglong lui-même ! » (sic). Les PNJ qui vous accompagnent pendant certaines missions déblatèrent niaiserie sur niaiserie, et j’ai vraiment regretté qu’il n’y ait pas une option pour leur couper le sifflet, même si le doublage en mandarin aide (un peu) à l’immersion.

Quand je vous disais que les dialogues sont d'une connerie abyssale.

Finitioh pas aux petits onioh.

Tiens d’ailleurs, parlons-en des PNJ : dire que leur IA a été façonnée à la truelle est une insulte aux maçons. Au mieux, ils distraient un ennemi en prenant l’aggro pour que vous puissiez lui coller tranquillement deux, trois baffes. Au pire, ils viennent se placer juste devant vous quand vous êtes sur le point de parer ou de contre-attaquer. Et dans 90 % des cas, ils ont la réactivité d’une loutre neurasthénique. Pour un peu, on s’attendrait presque à les voir sortir une belote.

Au rang des autres griefs, on peut aussi mentionner pêle-mêle : la caméra parfois aux fraises, trop lente pour suivre les mouvements éclair de certains adversaires, les embuscades à la schtroumpf, le manque de variété des ennemis, des environnements un rien clichés, l’absence d’explications sur l’amélioration du matériel et surtout, cette idée complètement idiote d’avoir collé la parade et l’esquive sur le même bouton. Cette trouvaille de génie, que l’on ne peut bien entendu pas changer, complique encore un peu plus la tâche face aux boss, qui n’en demandaient pas tant. Allez, il lance enfin son imblocable, je vais par… oui esquiver, c’est ça, et crever dans la foulée tant qu’à faire.

En parlant de bouton d’ailleurs, oubliez votre combo clavier-souris. Dans cette configuration, la gestion de la caméra est catastrophique, à cause d’une légère zone morte apparemment volontaire mais totalement contre-productive. Le jeu a clairement été pensé pour être joué à la manette, et vous allez vous compliquer encore un peu plus la vie inutilement en faisant l’impasse dessus.

Pas le portage de l’angoisse.

Côté performance, j’ai été en revanche assez surpris de voir le tombereau de critiques négatives sur l’optimisation du jeu. Avec la plupart des options à fond, en 1440p et équipé d’un Ryzen 3800X et d’une RTX 3070 Ti, j’ai eu en tout et pour tout un seul petit couac : une séquence de jeu qui se lance tandis que l’écran reste sur la page de chargement, ainsi que quelques ralentissements par endroits, heureusement jamais lors d’une phase critique – peut-être ai-je été particulièrement chanceux.

Avec tout ça, on pourrait croire que j’ai détesté ce jeu. Mais vous savez quoi ? Même pas. Le syndrome de Stockholm, sans doute. Le système de combat est diablement malin. Certains enchaînements sont assez jouissifs, surtout quand on prend le bon tempo. Les armes lourdes sont chouettes à manier. Et finalement, je suis content d’en avoir vu le bout. Pas parce que j’avais envie de connaître le fin mot de l’histoire (spoiler : c’est encore plus crétin que tout le reste), mais tout simplement parce que maintenant je peux dire « Ouais, Wo Long ? Je l’ai fini. C’est chaud. Mais faisable », en soufflant modestement un grain de poussière invisible sur le bord de ma chemise.

Notre avis

Tisseur de rêves le 7 mars 2023

| Modifié le le 14 mars 2023

Non, vous n’êtes pas prêt. Ce que vous avez pu endurer dans d’autres jeux, Wo Long va vous le renvoyer dans les gencives. C’est un défi difficile, précis, exigeant et implacable. Vous allez passer quelques heures à jurer comme un charretier contre votre PC, à vouloir flanquer votre manette par terre et à vous arracher les cheveux. Si vous ne vous sentez pas l’âme d’un guerrier au mental d’acier, laissez tomber. Pour les autres, bon courage : c’est une jolie satisfaction une fois la bête domptée.