L’univers de Kanagawa, ce sont les estampes japonaises. Des histoires d’apprentis peintres attendant les nouvelles leçons du maître qui leur permettront de faire avancer leur grande fresque, l’œuvre de leur vie. Pareille thématique laisserait présager une ambiance feng shui, des odeurs de thé au jasmin et une absolue sérénité de l’âme. Escroquerie ! À chaque tour, les apprentis qu’incarnent les joueurs se regardent en chiens de faïence, se scrutent, épient les fresques des voisins, estiment leurs probabilités de tomber sur LE sujet qu’ils attendent, prennent des risques et cherchent à optimiser, par tous les moyens possibles (et Dieu sait qu’il y en a) la valeur artistique de leur propre estampe. Que tous ceux qui estiment grotesque de noter un jeu vidéo s’accrochent à leurs accoudoirs, la qualité d’une œuvre d'art dans Kanagawa est parfaitement quantifiable : nombre de symboles d'harmonie sur les éléments de paysage qui la composent, diplômes qu’elle aura permis de décrocher, longueur d’une série de saisons identiques… Vous pouvez me croire sur parole : sur les magnifiques éléments de jeu (illustrés par Jade Mosch) d’où transpire une douce sérénité en tons pastel, ce sont des litres de jus de cervelle qui vont s’écouler…