On ne va pas trop s’attarder sur les deux premiers loulous, même s’il y a beaucoup à dire. La société américaine Silver Lake détient un bout d’Unity et fait partie des nouveaux investisseurs dans la branche états-unienne de TikTok. Pour ce qui est d’Affinity Partners, il s’agit de la boîte fondée par le gendre de Trump, Jared Kushner. Par ailleurs, c’est lui qui serait dans les petits papiers des Saoudiens et les aurait convaincus de participer à ce coup fumeux. On note que cette acquisition d’envergure reste conditionnée au feu vert du régulateur, mais pour citer une source anonyme du Financial Times : « Quel régulateur va dire non au beau-fils du président ? »
Les bureaux d'Electronic Arts à Redwood en 2011. (CC BY-SA 3.0 - King of Hearts)

It Came from the Desert

Ce rachat à effet de levier aura trois conséquences principales. Premièrement, il sortira EA de la bourse, permettant à l’entreprise de ne plus avoir à présenter publiquement ses résultats. Deuxièmement, il lui fera porter la charge d’une dette de 20 milliards de dollars (environ l’équivalent annuel d’une taxe Zucman, histoire de vous donner une idée) que l’éditeur devra rembourser. Et si vous prévoyez des licenciements et une généreuse utilisation d’IA dans les processus de développement, je suis sûr que les huiles à la direction pensent que vous tenez là une piste vachement intéressante.

Troisièmement, si l'on en croit encore le Financial Times, le PIF, qui était déjà propriétaire de 10 % des actions, devrait devenir l’investisseur principal. Donc, évidemment, estimer que les Saoudiens n’auront aucune influence sur la stratégie économique et éditoriale de ce qui représente leur nouveau champion semble relever du vœu pieux. En tout cas, chez BioWare, on devrait s’inquiéter que les nouveaux tauliers ne soient pas nécessairement les premiers clients de CRPG permettant des romances entre protagonistes non binaires. Si vous ne comprenez pas de quoi je parle, je vous laisse chercher en ligne comment on traite les personnes LGBT dans le royaume.

La PIF Tower à Riyad, en Arabie saoudite. (CC BY-SA 4.0 - Faisal Arif)

Riyad plein de choses à en dire

Le PIF, c’est bien joli, mais il nous manque un personnage principal. Entre en scène le prince héritier et Premier ministre d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. Il est mince, il est beau, il sent bon le sable chaud et, d’après son entourage salarié qui le trouve vraiment trop cool, ce n’est pas seulement une personne soupçonnée d’avoir commandité l’assassinat d’un journaliste un peu trop critique, c’est aussi un « énorme joueur ». Appelons-le MBS à partir de maintenant. Il a le droit de m’appeler CBG, si ça lui chante.

MBS a une mission, celle de préparer l’après-pénurie de jus de dinosaure qu’on trouve sous terre et qui fait rouler les voitures, voler les avions et permet la synthèse de ce don du ciel qu’est le plastique qui pollue nos océans. Pour accomplir cet énorme chantier, l’Arabie saoudite bénéficie d’un immense bas de laine constitué avec l’argent des énergies fossiles : le fameux PIF, celui-là même qui a croqué EA. L’entité, avec ses 941 milliards de dollars en 2023, représente le sixième fonds souverain au monde. MBS en est le président.

Ainsi, depuis maintenant plusieurs années, on voit le PIF grignoter des bouts d’entreprises du jeu vidéo çà et là. Ce n’est pas le seul secteur sur lequel le fonds jette son dévolu, mais il a le mérite de donner une image sympa d’un pays qui a encore des lacunes plus qu’évidentes en matière de droits de l’homme. Ces investissements peuvent se faire directement : en 2022, par exemple, la presse s’émeut de l’acquisition de 5 % de Nintendo par le PIF. Au Japon, la firme de Kyoto n’est pas la seule concernée : Capcom, Koei et même Square Enix sont aussi en partie détenus. Dans le conseil d’administration de ce dernier, on trouve désormais un Saoudien. En dehors de l’Archipel, le fonds possède aussi des actions des sociétés sud-coréennes Nexon et NCsoft, ainsi qu’une part de l’américain Take-Two.

Investir de barrage

Ces investissements qui ne sont pas sans rappeler ceux de Tencent peuvent se faire également de manière moins directe, à l’aide du Savvy Games Group, une succursale du PIF. Elle possède notamment des parts du géant suédois Embracer et, en 2023, elle s’empare de Scopely, l’entreprise américaine derrière Monopoly Go !, pour 4,9 milliards de dollars. Encore plus indirect : Scopely à son tour acquiert en début d’année les titres et les équipes de Niantic que vous connaissez sûrement pour Pokémon GO (la partie qui n’a pas été rachetée s’appelle désormais Niantic Spatial) pour une douloureuse de 3,5 milliards de dollars.

Pour finir, notons que MBS, à travers sa fondation, s’est offert en 2022 le légendaire studio de jeux de combat japonais SNK (Fatal Fury). Pas de PIF, juste MBS qui, en bon amateur de baston, ne meurt pas sans son kif. Évidemment, tout ça est couplé avec une stratégie e-sport d’importance, mais je laisse Perco vous raconter tout ça dans un autre papier. Moi, je vous abandonne avec un joli dessin qu’on a fait avec TotO, en haut duquel on a mis la frimousse de MBS. CBG out.

Photo d'ouverture © Electronic Arts