image
image
image
image
image
Genre : stratégie au tour par tour
Développeur : Lavapotion (Suède)
Éditeur : Coffee Stain Publishing
Plateformes : Windows, macOS
Téléchargement : 2,7 Go
Sortie prévue : mi-2023
Langues : anglais sous-titré en français
Prix actuel : 30 €
Voici comment se déroule un tour lambda dans Songs of Conquest : on recrute 46 guerriers squelettes dans un hameau puis on déplace notre nécromancien jusqu’à une tour de guet, qu’on capture après avoir livré bataille contre une troupe d’ogres. Ou bien on construit une scierie dans une cité, on engage 18 mousquetaires et l’on part explorer une forêt où repose une armure magique. Ou bien on libère une mine de cristaux, on fuit devant un mage à la tête d’une armée de shamans reptiles et au bord d’un grand lac on tombe sur un bâtiment qui permet d’améliorer nos miliciens en sapeurs. Il y a ce sens de l’aventure, cette joie de l’exploration qu’on pouvait ressentir dans les vieux Heroes of Might & Magic (HOMM), et rien que ça me donne envie d’y passer des soirées entières à obtenir des artefacts, visiter des ruines et combattre des foule-sables ou des hurlenfers.
Les bâtiments qui composent les villes s'éparpillent autour d'elles, ce qui permet de faire tout de suite la différence entre une capitale florissante et un hameau rabougri.

Ce sens de l’aventure, cette joie de l’exploration qu’on pouvait ressentir dans les vieux HOMM.

L'âge des merveilles.

Songs of Conquest se compose de trois volets, tous très bien réalisés : d’abord l’exploration vue du dessus d’une carte sublime, faite d’un pixel art aux petits oignons nimbé d’une superbe lumière. Là, rien à redire, on nage dans le bonheur en permanence grâce au bon milliard de bâtiments isolés, coffres à trésor et tours en ruine qui récompensent le furetage. Puis il y a tout un système de gestion de ville : c’est en capturant ces rares cités qu’on produit les ressources et les unités nécessaires à l’annihilation de l’ennemi. Comme dans les vieux jeux du genre, c’est une suite de dilemmes épineux type « si je construis le corral maintenant, je pourrai produire des chevaucheurs des marais dès le prochain tour mais je n’aurai pas assez d’or pour améliorer ma caverne à dragons ». Des questionnements rendus plus délicats encore par le manque de place, car tous les bâtiments ne pourront pas être construits.
Enfin il y a le dernier volet : d’agréables combats sur un damier d’hexagones, où deux armées s’affrontent au tour par tour. Leur fonctionnement est très classique et donc irréprochable, même si j’ai été déçu que le système d’essences, vanté par le studio comme donnant accès à des types de magie différents selon les unités commandées, ne soit pas plus ambitieux : par exemple, si l’on dirige des spectres morts-vivants, les sorts des arcanes deviennent disponibles, mais si l’on dirige également des rats pestiférés, on débloque aussi la magie de la destruction, et ça ne va pas plus loin.

Rana fout’

Le jeu ne contient que quatre factions, mais étonnamment elles réussissent à couvrir une grande partie du spectre du médiéval-fantastique. Les Ranas ne dirigent certes que des bêtes des marécages et des batraciens armés de lances, tandis que la baronnie de Loth se concentre sur les morts-vivants et les prêtres hérétiques. Mais les chevaliers aussi étincelants que cruels de l’empire d’Arleon sont alliés avec les fées difformes des marais, tandis qu’à Barya les hommes du désert arrivent à ratisser plus large encore avec une combinaison de guerriers orientaux et d’inventeurs d’engins destructeurs.

On connaît la chanson.

Ce n’est pas le seul pan du jeu qui aurait pu être approfondi : globalement, j’ai trouvé Songs of Conquest un poil superficiel. Il est possible que j’aie trop joué à l’énorme mod In The Wake of Gods pour HOMM 3, et peut-être que mes souvenirs de gamin surestiment la complexité de Age of Wonders. Mais les faits sont là : il manque à Songs of Conquest certaines des mécaniques de ses prédécesseurs. Par exemple le besoin de choisir soigneusement les sorts qu’on apprend et d’en lancer sur la carte stratégique, ou encore la présence d’un monde souterrain, d’énigmes, de coûts d’entretien, d’armes de siège, ou de plus de quatre factions – dans ce genre de jeux, on tourne plus souvent autour de la dizaine. L’IA pas très dégourdie renforce d’ailleurs cette impression d’un jeu un peu trop simple, même s’il reste le multijoueur (local et en ligne) pour se heurter à une réelle difficulté. Cela étant dit, tous les jeux n’ont pas à être d’une profondeur abyssale, et la simplicité de Songs of Conquest ne me l’a pas gâché, même si ses développeurs ont confirmé que le jeu ne s’étofferait pas trop d’ici à sa sortie officielle. Sa durée de vie se comptera donc en quelques dizaines plutôt qu’en centaines d’heures, mais ce seront des dizaines d’heures tout à fait plaisantes : votre longue et ancienne chasse à l’HOMM peut s’arrêter ici.

En l'état

Izual le 10 mai 2022
Songs of Conquest est une lettre d’amour que recevront avec bonheur les fans des vieux Heroes of Might & Magic. Sa recette scrupuleusement à l’ancienne et sa beauté incomparable en font déjà un incontournable du genre, même si les vétérans des jeux de stratégie regretteront son manque de profondeur, annoncé comme définitif.
Sans danger