Monkey Island, c'est le titre qui m'a fait aimer l'Amiga. Le jeu qui m'a fait comprendre qu'un jeu vidéo pouvait être autre chose qu'une chasse aux mutants/nazis/démons*. Un de ceux qui m'ont permis d'embrasser le jeu vidéo dans sa globalité. Alors quand on me promet une suite en 2022, autant vous dire que je l'attends avec un chocolat chaud dans une main et une chaîne de moto dans l'autre. Surtout lorsqu'on nous promet de révéler le secret qui donna son nom au premier jeu.

* Rayez les mentions inutiles.

Commençons tout d'abord avec un préambule important : ce texte étant rédigé en ayant à cœur de vous spoiler le moins possible, ne soyez pas surpris si un certain flou est entretenu autour du scénario. Après tout, l'atout majeur d'un point & click reste son histoire et moins vous en saurez, mieux ce sera pour vous. Oh et un autre préambule. Oui, un deuxième. C'est mon texte, je fais ce que je veux : Return to Monkey Island a été testé en mode de difficulté maximal, avec toutes ses énigmes et sans activer l'option qui raccourcit les dialogues « pour gagner en rythme ». Et maintenant que vous avez tout le contexte, entrons dans le vif du sujet.

Lavez votre singe sale en famille.

Alors, de quoi ça jacte ce jeu, comme on dit lorsqu'on fait un AVC en voulant éviter une répétition ? Pour faire simple, imaginez que Guybrush raconte à son fils comment il a découvert le secret de l'Île aux Singes. Une histoire qui va naturellement vous faire revisiter l'Île de Mêlée, mais aussi recroiser bon nombre de visages connus comme Elaine, Wally, Carla et bien sûr LeChuck. En un mot comme en cent : les patrons sont de retour aux commandes et ça se sent. Humour bon enfant, piques sur l'actualité, quatrième mur qui vole en éclats... Return to Monkey Island pioche dans tout le lexique narratif de ses deux prédécesseurs* et m'aura fait pfrter à de nombreuses reprises. Mais si, vous savez, quand on fait « pfrrr » en étouffant un rire.

* Aussi étrange que celui puisse paraître, le jeu est présenté comme la suite des deux premiers, même si les références aux personnages et événements des autres jeux sont là.

Illustration d'ouverture : © Terrible Toybox - Devolver Digital
Reste alors l'éléphant au milieu de la place : la direction artistique. Un point qui a fait couler beaucoup d'encre et d'insultes sur Internet, surtout chez les fans de la série qui, a priori, connaissent mieux Monkey Island que ses propres créateurs. Et je dois vous avouer que j'ai passé une bonne heure à soupirer devant ce parti pris graphique... Avant de m'y habituer et de le trouver cohérent avec l'ambiance et le ton du titre. Et vous savez quelle est la dernière œuvre à m'avoir fait un tel effet ? Bojack Horseman. Avouez qu'il y a pire comme comparaison.

LeChuck et l'effroi.

Avec des anciens comme Ron Gilbert et Dave Grossman aux commandes, Return to Monkey Island aurait pu tomber la tête la première dans un piège : celui de ne rien toucher et de livrer un jeu « à l'ancienne », faisant fi de trente ans d'évolutions. Fort heureusement, il n'en est rien. Et fort encore plus heureusement (je vous ai prévenu, c'est mon texte, je fais ce que je veux), Terrible Toybox a su également apporter tout le confort du monde moderne au point & click.

Difficile de bouder ce retour aux sources qui capitalise parfaitement sur les acquis de la série, tout en la dépoussiérant.

Rembobinons un peu pour revoir les deux premiers Monkey Island. Vous voyez ces gros boutons Pousser, Parler, Ramasser, Donner et tous ceux qu'on ne citera pas faute de place ? Ce n'est pas une interface, c'est un cauchemar qui nous fait démultiplier les clics et actions inutiles. Mais ici, il n'en sera donc rien puisque Return to Monkey Island se contente d'afficher directement les actions possibles lorsque notre curseur survole un PNJ ou un objet. Simple et efficace. Alors, oui, on sait, Jean-Michel Point & Click vous dira qu'une telle interface va « casualiser » sa licence favorite et qu'on ne faisait pas de jeux vidéo comme ça en 1990 ma bonne dame. Mais rappelons tout de même que Jean-Michel, bientôt à la retraite, ne devrait plus tarder à crever de vieillesse alors, bon, son avis sur les théories de game design parfumé à la naphtaline...
Reste néanmoins un point sur lequel Jean-Michel aura raison de gueuler, à savoir la faible interaction entre les objets de notre inventaire. Dans un point & click, il est toujours bon de pousser le joueur à créer l'objet qui lui manque pour progresser dans sa quête, via la combinaison de deux items. Un aspect sur lequel Return to Monkey Island se montre sans doute un peu trop timide, résumant la plupart de ses énigmes à trouver puis ramener le bon objet au bon endroit. Oui, je sais Jean-Mi, on faisait ça de ton temps. Allez, va chercher ton déambulateur, on va bientôt partir.

Ah ben butin...

Alors, ce nouveau Monkey Island : digeste ou pas ? Il faut bien avouer que l'on y passe une première moitié à se dire que si l'hommage est réussi, la bande à Ron n'a pas pris beaucoup de risques en décalquant la recette de 1990. Puis la seconde moitié du jeu arrive et il s'ouvre subitement pour nous emmener voir un panel bien plus large d'environnements et de personnages. Certes, il ne s'agit pas d'un open world au sens strict du terme, mais cette ouverture n'en reste pas moins rafraîchissante, d'autant que cette phase s'accompagne d'énigmes qui montent d'un cran en difficulté.

J'ai passé une bonne heure à soupirer devant ce parti pris graphique... Avant de m'y habituer.

Des énigmes qui, par ailleurs, ne sont finalement jamais bien compliquées car toujours logiques. Oui, encore un point sur lequel les développeurs ont bien fait de suivre la marche de l'histoire, car je ne pense pas que mes nerfs auraient supporté aujourd'hui un point & click en mode « mettre les pellicules dans le bocal à cornichon pour faire de la pâte à modeler ». Logiques, mais avec toutefois quelques dents de scie dans leurs exigences respectives, certaines – heureusement rares – étant capables de faire référence à une ligne de dialogue entendue quelques heures auparavant. Un peu dommage mais jamais bloquant, le jeu s'accompagnant d'une sorte de livre interactif qui vous met peu à peu sur la piste, jusqu'à vous donner la réponse complète. Du genre « pour faire une tarte aux fruits, il faut... » jusqu'au « MAIS TU VAS RAMASSER LES FRUITS SUR LA TABLE GROS CON ». Bon là je vous le dis avec mes mots, mais vous voyez l'idée.
En somme, difficile de bouder ce retour aux sources qui capitalise parfaitement sur les acquis de la série, tout en la dépoussiérant à quelques endroits clés pour améliorer son interface ou sa qualité de vie. Restera alors la fin. Cette conclusion qui, à n'en pas douter, ne laissera personne indifférent et divisera ceux qui adoreront et ceux qui détesteront. Impossible bien sûr de vous en parler davantage sans vous spoiler grossièrement mais sachez que, pour ma part, je n'en attendais pas moins, à l'heure de découvrir enfin le véritable secret de Monkey Island.

De capes et de mélopées.

Loin de moi l'envie de braconner sur les terres d'un fameux youtubeur français, mais j'ai envie de prendre ce dernier emplacement de texte pour vous parler de la musique du jeu.
Ou plutôt du système de dynamisation qui l'accompagne, capable de faire modifier l'instrumentalisation à la volée, au simple prétexte d'un changement d'ambiance. Imaginez : vous entrez dans le Scumm Bar où une musique de fond assez classique se fait entendre, avant de sortir les grosses guitares électriques lorsqu'on s'approche du conseil des pirates qui trône au fond de la pièce. La classe, non ?

Return to Monkey Island | Notre avis : 8

Return to Monkey Island est un point & click classique et plutôt bien remis au goût du jour. Un titre efficace mais sans trop de surprises autres que scénaristiques et un peu freiné par des mécaniques d'énigmes qui auraient gagné à se diversifier. Pas de quoi nous pousser à bouder notre plaisir, même si cela empêchera finalement le jeu de tutoyer l'excellence.
Si vous n'avez pas joué à un Monkey Island depuis plus de dix ans, un petit résumé vous permettra de raccrocher les wagons.
Loin d'être statique, la caméra offre quelques mises en scène bienvenues lors de certains dialogues.
La fameuse solution incorporée au jeu.