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Jeu: They Are Billions
Genre: jeu de gestion et défense
Developpeur: Numantian Games (Espagne)
Editeur: Numantian Games
Plateformes dispo: PC Windows
Plateforme test: PC Windows
Langues: anglais, français
Config: PC de joueur
Telechargement: 4 Go
Prix: 25 €
Drm: Steam
Date de sortie: 18062019
Avant de commencer, il faut que vous me fassiez une promesse. Jurez qu'avant de lire cet article vous allez laisser de côté vos souvenirs de la première version de They Are Billions, celle de décembre 2017, qui a fait du jeu un énorme succès de l'accès anticipé. Jurez. Oui, je sais que c'était déjà très bien : on bâtissait une chouette colonie steampunk sur un vaste terrain dégagé, on alignait des fermes, des centrales électriques et des habitations pour nos péons, et puis de temps en temps, une énorme masse de zombies apparaissait en bord de carte et venait se briser sur nos défenses. C'était chouette, mais depuis, They Are Billions a bien changé – et en mieux, même s'il n'a toujours pas de système de sauvegarde digne de ce nom (un oubli assez grave). Le mode de jeu que vous aviez pu essayer a été ringardisé par l'arrivée d'une campagne énorme, massive, qui comporte près de 50 missions et donc une bonne centaine d'heures de jeu. Ça ne vous bouleverse pas ? Je comprends. Avant de reprendre They Are Billions, je ne m'attendais pas non plus à ce que de simples scénarios chamboulent notre façon d'appréhender le jeu. Je sous-estimais le pouvoir de la progression.

They Are Billions a su créer de la variété avec peu de choses, rien qu'en changeant le paysage ou les objectifs.

Plus d'une tour dans son sac.

J'adore commencer un jeu comme un crasseux. Dans un FPS, démarrer avec un flingue en papier crépon suffit à me satisfaire. Dans les jeux de gestion, je suis aux anges lorsqu'on me donne des habitations moisies pour mes péons et des remparts en mousse pour protéger mon hameau pourlingue. Pourquoi ? D'abord parce qu'apprendre le jeu est plus facile. On se souvient du premier mode de jeu de They Are Billions, avec ses 653 bâtiments différents et ses 7 891 technologies à rechercher dès la première partie. Contre-intuitif au possible. Alors là, après que le jeu m'a expliqué que le dernier bastion de l'humanité voulait coloniser les terres zombifiées et que j'étais l'homme de la situation, quand il m'a donné des tentes moisies pour mes villageois, j'étais ravi. Mais surtout parce que commencer petit signifie qu'au fil du temps, obligatoirement, on va devenir de plus en plus balèze.

They Are Billions n'a pas oublié les petites joies des tower defense.

Voyage en Balézie.

Pendant la campagne, cette montée en puissance se déroule dans un grand arbre de progression, où les points durement acquis en mission peuvent être dépensés pour débloquer une nouvelle ferme, un soldat avec un lance-flammes ou des bonus du genre « +20% de rendement pour les scieries ». Des choix qui ont l'air triviaux, mais qui comptent parmi les pires dilemmes que j'ai eu à résoudre dans un jeu vidéo, à mille années-lumière de la décision de dézinguer ou non ce sale petit cafard de Rosh Penin. S'il est si difficile de trancher, c'est en raison du brio avec lequel Numantian Games a su créer un jeu à la frontière de différents genres. They Are Billions conserve le sentiment d'urgence des jeux de survie, il reproduit le besoin impérieux de ressources des city builders, il sait créer la gourmandise des tower defense où l'on veut toujours la tour la plus puissante. Tout est très simple, mais en même temps délicieusement compliqué. Par exemple, pour construire une cabane de pêcheurs, il faut un ouvrier, et donc une maison avec des colons disponibles. Pour créer une nouvelle maison, il faut avoir de l'électricité en rab' et s'il n'y en a plus, construire un moulin. Qui, lui, va avoir besoin de bois – et je vous passe le reste. C'est la boucle classique des jeux de gestion (j'ai besoin de ressources, donc j'agrandis la base, donc j'ai besoin d'encore plus de ressources), mais avec un plus magnifique, qui vient rendre tout le reste trois fois plus intéressant : la lutte pour le moindre centimètre d'espace libre. Il faut d'abord sécuriser le bout de terrain qu'on convoite, où des zombies ne manquent pas de rôder. Puis, il s'agit de prolonger le réseau électrique jusque-là. Enfin, il faut ériger des défenses au cas où une horde de dizaines ou de centaines de zombies se pointerait – un événement fréquent.

Défense d'entrées.

Après cinquante heures de jeu, on aurait pu craindre que ce concept devienne un poil répétitif. Par bonheur, la campagne de They Are Billions a su créer de la variété avec peu de choses, rien qu'en changeant le paysage ou les objectifs. Là, il s'agira de bâtir une colonie sur une île et défendre son unique pont, ce qui change toute la façon d'envisager la défense. Dans cette autre mission, il faudra réussir à terrasser un zombie gigantesque à l'autre bout de la carte. Dans telle autre, l'espace libre pour construire sera inhabituellement réduit. Dans une autre encore, un sol désertique rendra très difficile la production de bouffe. De quoi permettre au jeu de se renouveler régulièrement, d'autant qu'on y a souvent de nouvelles technologies à tester (soldat en exosquelette, merveille hyper chère à construire mais très puissante, etc.). À chaque fois la défense de la base est à envisager d'une nouvelle manière, ne serait-ce que parce que le décor a changé. Chaque partie représente une nouvelle occasion de se demander s'il vaut mieux bâtir des remparts entre ces deux bosquets d'arbres, ou bien s'étendre un peu plus loin, sans la protection naturelle de la forêt impénétrable mais avec plus d'espace à la clé. Et comment protéger les murailles ? Avec des soldats – et lesquels ? –, ou bien des tourelles, des balistes, des mitrailleuses, des bobines électriques, des mines ? Autant de choix qui stimulent agréablement le cerveau et qui prouvent que They Are Billions n'a pas oublié les petites joies des jeux de défense. C'est d'ailleurs ce qui sauve les fins de parties : en l'absence de mode avance rapide, attendre la dernière vague de zombies alors qu'on dispose d'une base de fou furieux et qu'on a déjà gagné sur le papier se révèle très souvent lourdingue. Mais ces petits moments de creux sont aussi l'occasion d'aligner les couches de murailles et d'assouvir les fantasmes de bâtisseur de château fort qu'on avait à l'adolescence. Alors c'est sûr, je ne suis plus un petit ado devant mes petits jeux Flash. Maintenant, je suis grand. Et mes nuits, je les passe sur un grand jeu.

Exploration de survie.

Parfois, la campagne de They Are Billions propose de faire autre chose que de construire une colonie, avec des missions de défense pure ou d'exploration. Si les premières sont médiocres et trop répétitives (aucune réflexion requise, il suffit toujours d'aligner des soldats bien en rang pour gagner), les secondes restent plutôt plaisantes. Elles vous mettent aux commandes d'un héros unique, qui doit explorer de vastes laboratoires ou bunkers d'avant l'apocalypse en dézinguant les zombies sur sa route. Pas de quoi sauter au plafond, mais une pause bienvenue entre deux longues créations de colonies.

Notre avis

Izual le 30 juin 2019

| Modifié le le 9 octobre 2025

Aussi facile à prendre en main et à piger que les jeux Flash d'antan, They Are Billions ne se contente pas en revanche de quelques mécaniques bricolées à la va-vite. Tour à tour jeu de stratégie, jeu de gestion et tower defense, il sait contenter pleinement le bâtisseur de cités, le gestionnaire de ressources et le commandant d'armées qui sommeillent en chacun de nous. Dommage que des problèmes de rythme, soulignés de manière cruelle par un manque d'avance rapide, rendent parfois le jeu inutilement laborieux.