Développeur : Artdink (Japon)
Éditeur : Square-Enix
Plateforme dispo : Switch
Plateforme test : Switch
Téléchargement : 6,5 Go
Date de sortie : 04/03/2022
Langues : japonais, anglais sous-titré en français
Prix : 50 €
| Modifié le le 22 mars 2022
25 ans. 25 ans que j'attendais la suite de Final Fantasy Tactics. 25 ans que je m'essayais à des titres (Disgaea, Final Fantasy Tactics Advance, Fire Emblem), en concluant : « Oui, c'est très bien, mais ce n'est pas complètement ça. » 25 ans que je cherchais à retrouver la sensation du premier fix. Et, 25 ans plus tard, voilà la suite. Enfin presque.
Un hommage parfaitement réussi à son aîné, avec tout un tas de nouvelles idées au cœur d'une histoire dense.
Plus Ségolène que royal.
La première, et sans doute la plus importante de ces idées, c'est d'écrire une histoire toujours aussi politique et pleine de complots, mais aux embranchements multiples qui mèneront à des fins différentes. Régulièrement, Serenor, le « héros » de l'aventure, devra choisir la prochaine action de son groupe dans la poursuite de la guerre, un choix qui consistera le plus souvent à trancher entre la peste et le choléra. Mais pas question de décider tout seul : en bon royaliste (dans son acception « Ségolène royaliste »), il laissera parler la démocratie participative. Il faudra donc tenter de convaincre chacun des membres du groupe de la direction à prendre, et échouer parfois pour voir l'histoire partir dans un sens qui n'était pas du tout souhaité. Or, pour convaincre tout ce beau monde (enfin, sept personnes, c'est une toute petite démocratie), il va falloir trouver des informations en se baladant sur les cartes entre deux grosses bagarres et en parlant avec les habitants du royaume, afin d'apprendre qu'il y a un tunnel caché qui mène à la capitale et que le plan n'est pas si suicidaire que ça, ou qu'un archer se balade à la frontière et qu'il serait de bon ton d'aller y faire un tour pour le recruter.
Où sont les stratèges d'antan.
L'autre grosse différence, ce sont les combats, qui ne sont pas tant une variation de ceux de FFT qu'une amélioration pure et simple où tout (ou presque) est beaucoup mieux. Comme dans Final Fantasy Tactics, le joueur doit déplacer une dizaine d'unités sur un damier, tenter de prendre les ennemis dans le dos, poster ses mages à l'abri et utiliser des cavaliers pour flanquer les archers adverses. Mais ici, pas de mort permanente, et pour cause : chaque unité de Triangle Strategy est totalement unique, avec ses propres compétences, ses caractéristiques, ses armes et son rôle plus ou moins grand à jouer dans l'histoire globale. Avec un système de progression beaucoup moins permissif que son aîné, Triangle Strategy joue davantage sur l'aspect tactique du titre, dans des cartes qui ont quasiment toujours un petit twist : des wagonnets qui permettent de se déplacer d'un coin à l'autre pour désamorcer des bombes, un combat dans un ravin entouré d'archers, une herse qu'il va falloir lever pour contrôler un pont. Au fil des batailles, même si le niveau des personnages joue un rôle certain, celui-ci devient rapidement moins prépondérant que les vrais choix à faire pour réaliser un objectif qui ne se résume quasiment jamais à foncer tête baissée avec le meilleur équipement possible.
Copain copie.
Avec ses combats finalement beaucoup plus réussis et son histoire rejouable plusieurs fois pour en connaître tous les embranchements, Triangle Strategy ne se contente pas d'égaler son aîné, il fait parfois carrément mieux, mais ce n'est pas vrai pour tout, notamment pour son histoire. Alors attention : Triangle Strategy est un jeu à l'écriture presque impeccable, bien au-dessus des standards des jeux vidéo, où chaque personnage a une façon et une raison d'agir, ce qui provoque cette impression d'un récit moins écrit par ses scénaristes que par ses protagonistes, où chaque décision et chaque dialogue paraît parfaitement logique. En revanche, contrairement au chef-d’œuvre de concision qu'était le jeu de Matsuno, Triangle Strategy est beaucoup, beaucoup plus bavard, et il ne faudra pas avoir peur de passer entre une heure et une heure et demie à lire des dialogues entre chaque combat, racontés par des personnages un peu moins marquants que ceux de Final Fantasy Tactics ou de Game of Thrones. Il n'en reste pas moins qu'en dehors d'un rythme un peu moins maîtrisé, Square-Enix relève haut la main son ambition de faire un jeu qui parvienne, même un petit peu, à nous rappeler que le studio était, il y a vingt ans, l'un des plus doués pour raconter une histoire.Illustration d'ouverture : Triangle Strategy © Artdink / Square-Enix