À la rédaction, nous sommes plusieurs à avoir été contaminés. Le patient zéro est aisément identifiable. Il s’agit de Pipomantis. À la fin du printemps dernier, il avait passé quelques semaines à nous parler très vite, le regard fiévreux, de jeux auxquels on allait devoir jouer avec lui, et il n’arrêtait pas et on faisait semblant de l’écouter en disant oui oui pour qu’il cesse enfin parce que nous, désolés mais l’enthousiasme, c’est pas notre came. Comme c’était pour le boulot – la rubrique « On y joue enfin » du Canard PC n° 343 –, Izual, Toto, Netsabes, Miss Katonic et moi avions fini par céder. Netsabes avait très vite quitté l’aventure – mais cet homme est allergique à la joie de vivre – tandis que nous autres n’étions plus bons qu’à réclamer encore une partie steuplaît Pipo on n’a fait que douze Drawful t’es sûr que tu as tout ce qui faut comme screens on pourrait pas refaire un petit Bidiots juste au cas où ? Les Jackbox Party Pack venaient d’arriver sur PC, et certains d’entre nous avons très vite sombré dans une relation très ambiguë et très problématique à cet ensemble de mini-jeux de société, développé par les gens de You Don’t Know Jack (le titre qui aurait inspiré le Burger Quiz et il faut bien avouer que ça ressemble beaucoup). D’un côté, nous voulions encore de cette bonne humeur, de ces joutes débiles, mais nous avions conscience de la haine profonde, de l’animosité folle qui consumait nos relations professionnelles (et surtout du temps de présence au bureau pas du tout consacré à des activités constructives et quantifiables qui justifieraient nos salaires opulents).