Au début de Fun Home, Alison Bechdel s'attarde sur la façon dont son père, un génie de la déco, a transformé une vieille bâtisse bourgeoise en demeure baroque. La famille Bechdel a l'air d'y mener une vie heureuse, paisible, sans histoire – le genre de vie qui justifie le titre qu'a donné Alison à son autobiographie : Fun Home, la maison où l'on s'amuse. Hélas, les apparences sont trompeuses. Quand le lecteur se rend compte que Fun Home est le petit nom de la « Funeral Home », les pompes funèbres familiales où les enfants Bechdel devaient parfois assister leur papa, il est déjà trop tard. Une spirale de pages aux élégantes teintes blanches et turquoises l'emporte loin dans les profondeurs d'un village modèle de Pennsylvanie, où le professeur de littérature est aussi un croque-mort et où un père traite ses meubles comme des enfants et ses enfants comme des meubles. Au cours d'une enquête qu'elle fait sans doute d'abord pour elle-même, Alison explore les multiples facettes de son enfance et raconte sa découverte de la sexualité, ses vacances dans la campagne profonde américaine et les rares moments où son père lui laissait entrevoir son univers trouble. Elle évoque également de mystérieux Polaroid et une mort suspecte, mais je vous laisse découvrir ça par vous-même.