Vous connaissez Supercell ? Si oui, c’est certainement que vous avez déjà joué à un de leurs jeux sur votre téléphone, Clash of Clans ou plus récemment Clash Royale. Et bien sûr, vous vous doutez que ça cartonne (forcément, à force de voir des gens y jouer partout tout le temps autour de vous). Mais est-ce que vous savez à quel point ça cartonne ?

Supercell est un studio finlandais de Helsinki qui n’édite aujourd’hui que quatre jeux, tous sur mobile. Avec cette poignée de titres (produite en interne), le studio a généré 2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016. Oui, des milliards.

D’accord, les gros chiffres, ça fait masse mais pas forcément sens, alors je vais vous donner des comparaisons pour vous aider à comprendre. Le chiffre d’affaires de Supercell dépasse largement celui d’Ubisoft ou Take Two (1,4 milliard d’euros environ chacun en 2016). Le géant Activision-Blizzard, qui a gobé Candy Crush et sort une douzaine de titres par an, n’est jamais qu’à 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur l’année 2016. Si l'on parle de résultats (c’est-à-dire si on retranche les coûts), le vertige guette. Celui de Supercell (avant imports, taxes et amortissement) est de 917 millions d’euros. Oui, grosso modo 50 % du chiffre d’affaires, c’est exceptionnel (et il était déjà de 848 millions en 2015). C’est la moitié du résultat d’Activision-Blizzard, et la bagatelle de quatre fois celui d’Ubisoft ou Take Two. Ah j’ai oublié de vous donner une comparaison rigolote : chez Activision-Blizzard (comme chez Ubisoft), on compte 10 000 employés répartis dans le monde entier. Chez Supercell, ils sont 213 exactement.

Derrière ce discret géant caché dans le froid, il y en a un autre. En juin 2016, les petits gars de Supercell se sont fait avaler lors d’une transaction record qui a établi la valeur de leur boîte à 10 milliards de dollars. Auparavant détenus par le géant des télécoms japonais Softbank, ils passent dans le giron d’un poids lourd d’Internet, chinois cette fois : Tencent.

Ce nom vous dit quelque chose ? Nous l’avions baptisé « L’ogre du jeu vidéo » dans le dossier consacré à la Chine du Canard PC n° 346. En fait Tencent, c’est une pieuvre : jeux vidéo, réseau social, portail web, messagerie online, paiement en ligne, publicité, distribution de musique et j’en passe ; vous ne connaissez probablement pas ses produits (il a commencé en 1998 par un clone d’ICQ, l’ancêtre des messageries instantanées) mais Tencent est présent sur tous les aspects de l’Internet chinois. Sur le seul secteur des jeux vidéo, c’est un colosse qui possède 100 % de Riot Games, autrement dit League of Legends, mais aussi 40 % d’Epic par exemple. Oubliez Electronic Arts ou Activision-Blizzard (dont il détient 25 %, hein, au passage), Tencent est le plus gros éditeur de jeux vidéo au monde.

Avec le rachat de Supercell, il est également devenu le premier éditeur mondial de jeux sur mobile, en toute simplicité. Drôle d’attelage quand même que celui formé par le studio finlandais, géant à taille humaine qui s’enorgueillit de payer ses impôts dans son pays d’origine, et le conglomérat chinois protéiforme immatriculé… aux îles Caïmans.

 

Mise à jour du 29/03/2017: une première version du texte laissait entendre qu'Activision-Blizzard sortait plusieurs dizaines de nouveaux jeux par an.